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« Mythologies », Angelin Preljocaj et Thomas Bangalter, Ballet Preljocaj et Ballet de l’Opéra de Bordeaux

Né de la collaboration du Ballet Preljocaj avec celui de l’Opéra de Bordeaux, Mythologies réunit au générique deux stars, chacune dans son domaine, de la scène artistique : Angelin Preljocaj, qu’on ne présente plus, et Thomas Bangalter, ex membre du célébrissime duo Daft Punk qui entre 1993 et 2021, révolutionna au plan mondial la musique électronique.

Le premier, qui avait déjà utilisé quelques extraits de la musique de Daft Punk dans sa pièce Gravité, souhaitait proposer au second un projet commun. Le partenariat initié en 2018 entre le Ballet Preljocaj et la troupe bordelaise a fourni l’occasion. Au terme de quatre années d’échanges et de workshops, marquées notamment par l’entrée de plusieurs de ses pièces au répertoire de la compagnie, Preljocaj s’est donc lancé dans cette création qui réunit dix danseurs de chaque ballet avec le concours des ateliers décors et costumes de l’Opéra de Bordeaux, et surtout de l’orchestre maison dirigé avec maestria par Romain Dumas.

Sur le thème universel des « mythes fondateurs » mais aussi des « rituels contemporains », chorégraphe et musicien ont conçu une œuvre ambitieuse, qui met en scène en une vingtaine de tableaux, les grands points d’ancrage de nos imaginaires collectifs.  Si l’on identifie sans peine certains épisodes  les Amazones, les Gorgones, le Minotaure et Icare , d’autres en revanche  Persée et Danaé, les Naïades  demeurent plus obscurs, à moins d’avoir révisé au préalable son manuel des civilisations grecques (et mayas, le chorégraphe ayant aussi puisé son inspiration en dehors du monde occidental). L’intention annoncée est faire se répondre, en écho, ces archétypes et leurs équivalents modernes, tels ceux décrits par Roland Barthes dans ses Mythologies (1957).

Galerie photo © Jean-Claude Carbonne

Hormis une première séquence inspirée du fameux chapitre que l’essayiste consacra au catch, la balance penche nettement en faveur des mythes anciens. C’est plutôt dans le regard que pose Preljocaj sur ces différents topos que l’on retrouve des problématiques contemporaines, d’ailleurs très post #metoo, qu’il s’agisse de mettre en avant la puissance des femmes, catcheuses ou amazones, comme de souligner la violence des mâles, hommes ou taureau. On sait que le chorégraphe aime alterner les pièces abstraites et celles plus narratives. Mythologies, servi par les lumières somptueuses, as usua, d’Éric Soyer et la riche palette de costumes, de la tenue SM aux tuniques antiques, dessinés par Adeline André, ressort sans doute de la seconde catégorie. Toutefois, ainsi que le déclare lui-même Preljocaj, l’argument n’est jamais qu’un prétexte et l’essentiel demeure la danse. Avec sa gestuelle lyrique, ses lignes déliées et ses ruptures anguleuses, cette dernière sert au plus juste une création qui revisite les fondements de notre humanité en un fascinant kaléidoscope de scènes et d’images. Il faut se laisser porter, emporter même dans cette suite d’évocations puissantes, interprétées avec une belle cohésion par des interprètes dont les visages, filmés en très gros plan, ouvrent et ferment magnifiquement le spectacle.

A cette épopée d’un nouveau genre, la musique de Thomas Bangalter contribue pleinement en offrant une palette d’une surprenante richesse mélodique. Délaissant les sons électroniques pour une partition 100% acoustique, le compositeur mobilise toutes les ressources de l’orchestre dans un brassage de styles qui emprunte aux post wagnériens comme aux minimalistes américains, ou à l’efficacité illustrative de John Williams et Hans Zimmer. Le chorégraphe et le musicien savent assurément raconter une, ou plutôt des histoires, et assument ce parti pris avec cohérence. Dans cette évasion revendiquée, ce que Preljocaj nomme le contexte – à savoir le présent et son aptitude à obstruer l’horizon – finit néanmoins par s’inviter. Et sur fond d’images de conflits, la dernière séquence dédiée à Arès, dieu de la guerre, évoque irrésistiblement les bruits de bottes ayant récemment envahi l’Europe.

 

Isabelle Calabre

Vu au Grand Théâtre de Bordeaux le 1erjuillet 2022.

Spectacle en tournée à la Gare du Midi à Biarritz, dans le cadre du festival Le Temps d’aimer la danse, les 8 et 9 septembre
Maison de la Danse de Lyon, du 14 au 18 septembre
Teatre Municipale Valli de Reggio Emilia (Italie), le 24 septembre
Anthéa Antipolis Théâtre d’Antibes, les 29 et 30 septembre
Grand Théâtre de Provence d’Aix-en-Provence, du 5 au 8 octobre
Opéra de Rouen (musique live interprétée par l’Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie dirigé par Romain Dumas)du 14 au 16 octobre
Théâtre du Châtelet à Paris (musique live interprétée par l’Orchestre de Chambre de Paris dirigé par Romain Dumas), dans le cadre des saisons du Théâtre du Châtelet et du Théâtre de la Ville Hors les Murs du 22 octobre au 5 novembre 2022
Opéra de Limoges les 12 et 13 novembre
Opéra Royal du Château de Versailles du 14 au 18 décembre. 

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