« Les Ombres », création au festival Kalypso : Interview

La chorégraphe Antoinette Gomis présente sa nouvelle création, empreinte de l’histoire post-coloniale.

Danser Canal Historique : Quel est le sujet de votre nouvelle pièce Les Ombres, que vous créez à Mantes-la-Ville dans le cadre du festival Kalypso ?

Antoinette Gomis : C’est une pièce qui parle de la migration, en racontant le périple d’un homme qui a quitté son village natal, espérant une vie meilleure en Occident. Je me suis inspirée du parcours de mon père qui a quitté son pays, la Guinée-Bissau, dans les années 1970. Les interprètes sont pour la plupart aussi des enfants de personnes ayant fait le même type de voyage. Nous avons ce parcours qui nous relie. C’est donc un spectacle de personnes qui racontent le périple de leurs parents, avec l’imagination de l’enfant. Dans le spectacle nous comparons la migration de ces années-là avec celle d’aujourd’hui.

DCH : Comment avez-vous composé l’équipe ? 

Antoinette Gomis : C’est un spectacle avec cinq danseurs hip hop au plateau, tous vraiment de grands virtuoses : Mamson des Serial Stepperz, Frankwa, Ambroise Mendy, Skychief et Damani qui fait partie de l’équipe française aux Jeux Olympiques. Il fait ici sa première expérience de scène, alors que j’avais déjà travaillé avec la plupart des autres. Si je signe la chorégraphie, il s’agit d’une création de Cyril Machenaud comme metteur en scène 

DCH : Menez-vous une recherche chorégraphique particulière ? 

Antoinette Gomis : Nous utilisons différents styles de danses urbaines, de la breakdance au popping et la house, le waacking et autres. La particularité est que nous mêlons tout ça à la Langue des Signes Française. On l’a fait une première fois avec la première pièce, Images, qui était déjà un mélange de hip hop et LSF, pour créer un nouveau répertoire chorégraphique en faisant danser les mots. C’est un travail chorégraphique vraiment différent de ce que nous avions l’habitude de faire et de ce que le public a l’habitude de voir puisque la langue des signes se fond dans la danse, au point de ne plus s’en distinguer. 

DCH : Le titre Les Ombres fait sans doute allusion à la fragilité des migrants ? 

Antoinette Gomis : Nous appelons ce spectacle Les Ombres  parce que nous nous sommes rendus compte que toutes ces personnes qui étaient peut-être chef d’entreprise ou chef de village dans leurs pays, perdent complètement leur identité quand elles arrivent en Occident. Ici on les regroupe indistinctement sous l’étiquette de migrants.

DCH : On peut voir sur internet un extrait de l’émission Culturebox qui présente un solo magnifique, sur un texte très beau et émouvant.

Antoinette Gomis C’est un texte de Souleymane Diamanka qui s’appelle Je te salue, Sahara. C’est l’un des tableaux du spectacle, le moment où le groupe d’amis fait sa première rencontre avec le désert. Quand on arrive au désert, c’est beau, c’est énorme et en même temps ça fait peur. Les Ombres  continue avec le moment où ils se rendent compte que ce n’est pas si facile que ça, qu’il y a plein de choses qui s’opposent à eux et rendent leur voyage difficile. 

DCH : Dans les années 1970, les migrants arrivaient en France dans des conditions meilleures que celles d’aujourd’hui où ils doivent risquer leur vie. 

Antoinette Gomis Il a toujours été périlleux d’émigrer ! Certes, à l’époque la France avait du travail à proposer, mais là aussi, les migrants arrivaient dans des conditions difficiles. C’est grâce à ces personnes que nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd’hui : artistes danseurs et chorégraphes. Mais la pièce est aussi un hommage au courage de toutes les personnes qui prennent aujourd’hui d’énormes risques pour se rendre en Europe. 

Propos recueillis par Thomas Hahn

Festival Kalypso : Les Ombres 
 27 novembre - 20h30 à l' Espace culturel Jacques Brel - Mantes-la-Ville

Lundi 06 décembre dans le cadre de Kalypso et En Corps!, temps fort danse de La Place - Paris, à 19h30 au Forum des images, Les Halles, Paris

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