Festival Kalypso : Rencontre avec Jamsy

Le krumpeur champion du monde crée un solo où il révèle sa vie et son rapport à la danse. 

C’est le 3 décembre 2021 à Mantes-la-Jolie que Jamsy, figure incontournable de la scène krump, présente pour la première fois un solo où il revient sur son histoire. Il explique ici comment le krump est aussi une affaire de mots et d’élévation spirituelle. 

Danser Canal Historique : Comment avez-vous rencontré le krump ? 

Jamsy : Mon nom civil est Edwin Saco. J’ai grandi à Villepinte en Région Parisienne. J’ai fait du basketball pendant huit ans, avec des amis qui l’un après l’autre s’en sont détournés pour se mettre à la danse. Beaucoup de jeunes se retrouvaient dans un studio de danse et après quelques refus de ma part, je me suis finalement joint à eux. Et je suis tombé amoureux de cette danse. J’ai également croisé beaucoup d’autres styles de danse dont la house, le popping, le waacking etc. Ce sont des danses que je respecte, mais aucune ne m’a donné une telle étincelle que le krump qui se démarque de toutes les autres.

DCH : Comment s’est fait votre chemin vers la scène ? 

Jamsy : Je pratique le krump depuis douze ans. J’ai beaucoup d’expérience en danses urbaines, que ce soit en mode compétition ou en termes de performances artistiques. J’étais particulièrement touché par le monde de la création, et j’ai commencé à ressentir l’envie de raconter ma propre histoire, avec ses passages parfois difficiles. Et j’ai eu envie de la nourrir de danse krump pour créer un spectacle qui me ressemble et me permet de m’exprimer au sujet du krump 

DCH : Quel rôle joue le titre de votre solo et que signifie-t-il ?

Jamsy : Je voulais appeler le spectacle (I’M) Possible, mais j’ai finalement décidé de l’appeler AMP, ce qui fait référence à une forme de soulèvement qui est un élément essentiel dans le krump, dans le sens d’une montée en intensité jusqu’à atteindre un état proche de la transe. Dans mon solo, ça devient une métaphore de ma propre vie et du fait que je me suis relevé d’états vraiment sombres, jusqu’à atteindre le succès que je rencontre aujourd’hui. 

DCH : Quelles matières artistiques amenez-vous à cette création ?

 Jamsy : Je suis danseur-chorégraphe, mais aussi slameur et beatmaker. Je voulais pour ce solo réunir mes différentes forces et expériences. En tant que beatmaker, j’ai composé quelques morceaux de krump spécialement pour AMP. J’utilise aussi les bandes sons de certaines performances qui m’ont inspiré pour le spectacle. 

DCH : Si vous composez des morceaux krump, c’est donc aussi un genre musical ? 

Jamsy : C’est un genre musical inspiré et influencé par le hip hop, le jazz, l’électro, la house et autres. Le beatmaker va utiliser des logiciels de composition pour sampler des musiques de ces genres et les assembler en mode krump, qui est un genre très démarqué. J’ai déjà sorti deux albums de musique krump. 

DCH : Que représente pour vous le fait de créer ce solo pour la scène ? 

Jamsy : C’est une vraie avancée. Cela fait seulement deux ou trois ans que je suis habitué à faire de la création pour des shows TV où on m’invite pour danser et parler du krump. J’ai aussi chorégraphié des shows pour mes deux crews de krump, entre autres dans des musées et des concours chorégraphiques. Je suis content de faire ce pas parce que je voulais vraiment entrer dans le monde de la création pour y défendre les valeurs du krump. Par ailleurs, le processus de création n’est pas encore terminé. Mon objectif est d’ajouter encore plusieurs parties au spectacle, après la représentation dans le cadre de Kalypso à Mantes-la-Jolie. 

DCH : Et vous êtes allé jusqu’à devenir champion du monde, en 2019. Encore bravo ! 

Jamsy : Merci, ce titre représente beaucoup pour moi, il a été une consécration dans ma vie. J’étais pendant longtemps très actif dans les circuits underground et j’ai disputé plus d’une centaine de battles à travers le monde, de l’Amérique au Japon, en Estonie, en Ukraine…

DCH : Vous avez aussi participé à la fameuse création krump à l’Opéra Bastille, chorégraphié entre autres par Bintou Dembélé dont Clément Cogitore a tiré un court-métrage qui a secoué le monde de la danse. Que retenez-vous de cette expérience ? 

Jamsy : C’était bien sûr l’une des aventures les plus mémorables que j’ai jamais vécues. Un très beau court-métrage autour de la relation entre le krump et Les Indes Galantes de Rameau. Et suite au succès du film, nous avons pu participer à la mise en scène de l’opéra par Cogitore pour douze représentations. Il y aussi un making of pour le cinéma, malheureusement retardé par le Covid-19. Nous avons tous beaucoup appris professionnellement et grandi artistiquement. 

DCH : Quelle est votre vision, votre définition de la danse krump ? 

Jamsy : Pour moi, il y a deux manières de regarder le krump. La façon plus classique est une approche en termes de technique, de relations, où on est constamment dans un esprit de compétition et où on travaille chaque jour pour s’améliorer et se dépasser. Et il y a la vision qui met la danse en relation avec la vie du danseur et lui permet de grandir spirituellement, intérieurement. Où on arrive aussi à s’exprimer avec les mots pour faire passer un message, en battle ou dans le cercle. Je vois en effet le krump comme une danse très communicative. 

DCH : En krump, qu’est-ce qui fait un danseur hors pair? 

Jamsy : Tout commence par la façon de penser krump, de vivre krump et d’accepter cette danse. On se démarque à partir de ses bases, sa discipline. Beaucoup dépend de la façon d’extérioriser ses sentiments pour arriver à les rendre visibles, voire palpables. Arrives-tu à te connecter avec ton public pour qu’il comprenne ta personnalité et s’identifie à toi ?

DCH : Que cherchez-vous personnellement dans le krump et que cherchez-vous encore à développer ? 

Jamsy : Je cherche à ce que cet art soit sans limites et sans frontières, puisque le krump est unique en ce qu’il offre au danseur la possibilité de se dépasser et se transcender spirituellement, en nourrissant sa danse avec ses propres idées communicatives. L’évolution de la société impose aujourd’hui aux jeunes, pour pouvoir réussir dans certains milieux, de développer les aspects esthétiques et la performance. Il m’importe donc de revenir sur les origines du krump et les raisons qui m’ont fait tomber amoureux de cette danse. Les jeunes d’aujourd’hui n‘en tombent plus amoureux de la même manière. Je tente de leur redonner, par les cours que je donne, cette fougue et cette flamme qui nous animait. 

Propos recueillis par Thomas Hahn

AMP de et avec Jamsy Noizz, le 3 décembre au CRD GPS&O de Mantes-la-Jolie, dans le cadre du festival Kalypso

Soirée partagée avec Perception  de Mazel Freten

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