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« Elles disent » de Nach

Nach a présenté sa création au Festival Transdanses à Chalon sur Saône. Une pièce d'actualité, poétique et puissante. 

Anne-Marie Van alias Nach, a rencontré le Krump à 22 ans devant l’Opéra de Lyon. Happée par cette danse urbaine, elle en a fait son cheval de bataille pour faire parler les corps, dénoncer des faits et célébrer la vie dans ce qu’il y a de plus doux et de plus violent.

Pour Elles disent, Nach présente sa première pièce de groupe. Auprès d’elle des artistes aux parcours différents entre classique, hip hop, flamenco et Flora Détraz qui mène un travail atypique sur la voix. Sur un plateau blanc, quatre femmes dont les points d’ancrage gestuels sont le krump vont chacune mettre en lumière leurs spécificités, leurs forces et leurs récits. 

Entre solos, duos et quatuors, la danse à la fois combative, nerveuse, expressive, saccadée, féline et sensuelle, évoque des corps érotiques et poétiques. Nette et très précise, la chorégraphie de Nach nous emporte au sein d’univers troublants car les paroles des interprètes sont composées d’onomatopées. Amplifiés par les micros qu’elles portent, les sons se chevauchent sans pour autant être compréhensibles. C’est un peu comme si elles voulaient exprimer quelque chose de grave sans arriver à être véritablement éloquentes. 

Ainsi, on devine que, de ces corps singuliers entrelacés dans une même trame, gisent des secrets, des révoltes, des extases. Sans chercher en profondeur ce que réserve l’évolution de la pièce, la complicité des quatre artistes, leurs fortes personnalités et l’enchevêtrement de leurs disciplines respectives, revêtent des caractères forts et tellement puissants que, même en solo, l’espace est totalement occupé, voir même submergé.

Où Nach veut-elle nous emmener ? On commence à discerner la notion du non-binaire lorsqu’elles dansent très sensuellement deux par deux. C’est beau, doux, et tellement tendre. Puis, d’un seul coup le ton change radicalement alors qu’isolées au centre du plateau elles hurlent en simulant un orgasme. Ce retournement de situation n’est absolument pas en corrélation avec la douceur de la séquence précédente. Bien au contraire même, car ces cris de fureur semblent venir de très loin, c'est-à-dire d’un souvenir douloureux qu’aucune d’entre elle n’arrivait ni à nommer, ni à exprimer. Viols, attouchements sexuels imposés dans leurs enfances ? Alors,  la perception des mots entrecoupés devient totalement logique. 

Oui, pas à pas, Elles disent ! 

Une pièce d’actualité émouvante, poétique, très puissante, magistralement bien interprétée par Adélaïde Desseauve (dite Mulunesh), Manon Falgoux, Sophie Palmer, Nach. Et surtout, une progression dramaturgique fort bien pensée par Nach car rien n’est appuyé. On pense longtemps à cet ouvrage et ce n’est qu’après de multiples interrogations que l’on croit comprendre le tragique message de ces femmes splendides.

Du 15 au 25 novembre, le Festival Transdanses a réservé de belles surprises et d’intéressantes découvertes qui ont touché ou fait rire un large public friand de danse contemporaine. 

Sophie Lesort

Spectacle vu le 22 novembre 2022 à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône dans le cadre du Festival Transdanses. 

 

Elles disent 

Conception : Nach
Interprétation et textes : Adélaïde Desseauve (dite Mulunesh), Manon Falgoux et Sati Veyrunes (en alternance), Sophie Palmer, Nach
Régie générale et création sonore : Vincent Hopp
Création lumière : Cyril Mulon
Musiques : Radikal Satan, L’Ocelle Mare
Préparation vocale : Dalila Khatir
Costumes : Flech Kann
Collaboration artistique : Flora Détraz

En tournée :

6 décembre 2022 LUX – SN de Valence
3 et 4 février 2023 Atelier de Paris – CDCN Paris 
2 et 3 mars Théâtre de la Croix Rousse dans le cadre du festival Sens dessus dessous Maison de la Danse – Lyon .
23 et 24 mars Halles de Schaerbeek – Belgique
29 au 31 mars La Villette – Paris
12 et 13 avril Le Lieu Unique – Nantes.

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