« Diptych » de Peeping Tom : Entretien

Peeping Tom, la compagnie fondée par Gabriela Carrizo et Franck Chartier sera à L’Onde, centre d’art avec Diptych les 19 et 20 novembre prochains. Nous les avons rencontrés.

Danser Canal Historique : Quelle est la genèse de ce Diptych?

Gabriela Carrizo : En fait, il s’agit d’un triptyque dont nous ne présenterons que les deux premiers volets à l’Opéra de Paris, The Missing Door et The Lost Room. Au départ, nous n’avions pas l’idée de faire un triptyque, car il s’agissait d’une commande du Nederlans Dans Theater (NDT) en 2013. C’était la première fois que je créais pour une autre compagnie que Peeping Tom. Avec le NDT et ses danseurs à la technique incroyable, c’était un autre monde. La pièce devait être courte, car présentée dans un programme composé. Nous ne pouvions donc pas imaginer un grand décor comme à notre habitude car il fallait pouvoir le monter et le démonter rapidement. 

Franck Chartier : J’aimais l’idée de Gabriela de faire un set de cinéma, donc un décor très réaliste, une sorte de théâtre dans le théâtre, une sorte de couloir avec des portes, assez abstrait. Les personnages entrent dans cet espace, et s’entourent d’objets ou manipulent les lumières et sont les acteurs de cette fiction.

DCH : Quelle en est le sujet ?

Gabriela Carrizo : Ça commence quelques secondes avant la mort d’un personnage. Les spectateurs découvrent ce qu’il se passe dans sa tête. C’est une sorte de flash back, qui raconte l’histoire d’un couple, avec d’autres personnages, peut-être fantômes, qui vivent dans cet endroit, habité par d’autres souvenirs. Mais déjà on comprend qu’il s’est passé un drame, une petite mort, dans cette histoire de couple. Ça se devine par le montage, dans le mouvement même où il y a des arrêts, des moments figés, comme si c’étaient des photos ou des moments de décalage, où les choses ne sont pas synchrones.
 

DCH : Comment en êtes-vous arrivé à le développer ?

Franck Chartier : le NDT m’a invité à faire une autre création. Nous avons pensé pourquoi ne pas faire la suite ? Je m’étais attaché aux personnages de la pièce de Gabriella, et j’avais envie de les développer. Je répétais à La Haye, il y avait des bateaux, beaucoup de mouettes, je logeais dans un appartement au dessus d’un canal, c’était très inspirant. J’ai eu l’idée de placer ce couple initial sur un bateau, dans une cabine, The lost room, et d’entrer un peu plus dans l’intimité de ce couple. Nous avons expérimenté les changements de décor cinématographiques d’une scène à l’autre, afin que les transitions se déploient en nouvelle donnée dramaturgique.Le bateau c’est aussi un confinement. Le couple est enfermé, avec des gens pas nécessairement choisis. Comment réagir ? Que vit-on dans ce huis-clos. Pour nous ce sont toujours des problématiques attirantes.

DCH : Comment amenez-vous ces atmosphères, ces images qui sont parties intégrantes de votre signature ?

Gabriela Carrizo : Outre la lumière, l’espace, le temps, c’est la situation, la façon de transformer le mouvement, qui vont nous faire décoller de la réalité, en devenant plus fantastique ou du domaine de l’inconscient. Avec des effets techniques, on peut opérer des zoom par le travail de la lumière, ou du son. Pour nous, le son est très important. Comme pour un film, la musique conditionne l’image. Permet de se focaliser sur un détail. Un petit son amplifié transforme une scène. Le bruit d’une poignée de porte peut suffire à déclencher la peur. Pour ce triptyque, nous avons travaillé avec Raphaëlle Latini qui est française et explore vraiment cet aspect-là du son, le design sonore.
 

DCH : Vous avez complètement renouvelé votre équipe de danseurs pour ce diptyque. Pourquoi ?

Franck Chartier : Nous tournons notre triptyque,Vader (Père), Moeder (Mère), Kind (Enfant), il nous fallait donc une deuxième équipe. Et avec le niveau formidable des danseurs du NDT, chaque rôle était doté de spécificités techniques très poussées. Donc nous avons fait une audition pour trouver des performeurs sélectionnés en fonction des personnages à incarner, pour nous permettre d’aller plus loin. 

Propos recueillis par Agnès Izrine

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