Création de « Wood » au Pavillon noir par Emilie Lalande

Un acte de sensibilisation écologique particulièrement réussi, pour jeune public et adultes restés poètes.  

L’image pourrait sortir tout droit d’un spectacle d’Ariane Mnouchkine. Haute perchée, Caroline Joubert recueille les applaudissements de son public (1) en se fondant dans la couronne de l’arbre qui domine le plateau. L’arbre s’est mis à fleurir, tel un cerisier au printemps. Ce qui tombe à pic puisqu’au moment de la création, la floraison des cerisiers en Asie est la plus précoce de l’histoire, en signe irréfutable du changement climatique. 

Avec Wood, Emilie Lalande crée un subtil plaidoyer pour la sauvegarde de la nature sylvestre qui s’adresse à un public à partir de cinq ans environ. L’histoire est celle d’une petite fille qui s’en va dans la forêt pour se divertir, à l’instar du Petit Chaperon rouge. Mais ce n’est pas le loup qu’elle y croise, c’est au contraire le bois qui se trouve menacé, par l’homme qui est un loup pour la sylve : Que de troncs et de buches coupés sur le plateau, et un seul arbre qui tient fièrement debout !

Sensations sylvestres et urbaines

La pièce débute sous le bruit des scies à moteur et des camions de l’industrie forestière, alors qu’une petite marionnette en bois virevolte dans les airs, légère comme un papillon. La manipulatrice, dissimulée dans un costume noir, n’est autre que la soliste de la pièce qui ne tardera pas à entamer sa transformation. Elle va cependant d’abord tenter de dialoguer avec deux hommes en costumes noirs, les têtes représentées par des ballons de baudruche blancs. Ces mannequins et les sons du métro nous disent qui nous sommes aujourd’hui, citadins en mal de liens et de communication.

Avec cette vie urbaine en arrière-plan, Wood nous dit à quel point la forêt est devenue une simple ressource – sauf pour la protagoniste qui y trouve une richesse émotionnelle, des sensations de fraîcheur, un ruisseau, un lieu pour fêter la vie et pour rêvasser. Caroline Joubert est parfaite pour incarner la fillette joyeuse qui s’occupe de la marionnette comme les enfants jouent à être les parents de leurs poupées. Aussi la maternité est-elle présente en sourdine, puisque l’énergie de l’enfant va stimuler la floraison et suggérer au jeune public de prendre soin de la nature.

Galerie photo © Jean-Claude Carbone

Faire fleurir les têtes

Inspiré de L’Homme qui plantait des arbres de Jean Giono, Wood est une œuvre de sensibilisation sans la moindre touche didactique. Le lien entre l’homme et la nature n’est pas sujet de discours, mais incarnée par une image, à la fois frappante et subliminale, celle des ballons de baudruche qui représentent autant les têtes des humains que la floraison de l’arbre. Pour ne pas contredire son message par sa propre pratique, l’arbre est fait de bois récupéré et le latex des ballons blancs sort d’une fabrication écologiquement correcte, si bien qu’aucun arbre n’a dû mourir pour ce spectacle. 

La fibre poétique de Wood est donc celle de sa matière première, organique et photosynthétique autant que celle d’une synthèse des arts chorégraphique, plastique, marionnettique et gestuel. Artiste associée au Centre Chorégraphique National d’Aix-en-Provence, Lalande montre par ses créations qu’il n’y a rien de diminuant à mettre le curseur sur la création pour le jeune public, terrain du combat pour la citoyenneté, nos terres et nos océans. Reste à faire tourner ce bel opus pour en cueillir les fruits, un jour, et garder espoir. 

Thomas Hahn

Vu le 9 avril 2021, Pavillon noir, Aix-en-Provence

Chorégraphie, mise en scène et costumes : Emilie Lalande
Interprétation : Caroline Joubert

Assistant chorégraphique : Jean-Charles Jousni
Création Musicale : Gaël Faure
Musique : Claude Debussy
Conception lumières : Jean-Bas Nehr

(1) Une fois de plus, rien que des professionnels (coronavirus oblige), et c’était particulièrement malheureux de manquer les réactions spontanées des enfants. 

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