Biennale de la Danse de Lyon : « Neighbours (Part 1) » de Brigel Gojka et Rauf "RubberLegz" Yasit

Deux interprètes de William Forsythe mettent leurs pas dans les pas de leur maître. Pour notre plus grand plaisir.

Dans Neighbours (Part 1), si les chorégraphes sont bien les deux danseurs, à savoir, Brigel Gojka et Rauf "RubberLegz" Yasit, tout semble partir d’une phrase chorégraphique de chacun des protagonistes issue de A Quiet Evening of Dance, la dernière création de William Forsythe qui apporte ici sa contribution en tant qu’œil extérieur.

Une main qui se tourne, un bras qui se pose à laquelle répond une torsion de jambes forment le cadre initial de cette pièce qui semble tresser deux solos unis par une horloge invisible qui égrène une sorte de compte-à-rebours commun. En effet, seul le bruit des pas et des gestes rompt un silence bienvenu qui durera tout le temps de la chorégraphie. Dans un premier temps, s’instaure un dialogue entre les deux interprètes, tendant à anéantir leur background technique, l’un venant du classique, l’autre du hip-hop, les deux se retrouvant sur un même terrain contemporain. Peu à peu, ils semblent se déplacer dans cet espace rendu plus fluide par les mouvements qui le redélimitent à chaque seconde, la chorégraphie dessinant sans cesse de nouveaux contours.

Bien sûr nous connaissons ces ellipses et ses spirales du torse, ces ralentis insensés, signés de leur mentor. Mais nos deux compères tissent très vite une autre gestuelle : Il y a des nœuds, des blocages car le mouvement est contredit dans la façon dont les danseurs s’agencent l'un avec l'autre. Des points de contacts entre eux naît la chorégraphie. Comme s’ils manifestaient tout simplement ce qu’ils ressentaient, le rendaient plus visible. D’intrications inextricables en dénouements surprenants, la pièce joue de la verticalité et de l’horizontalité, de croisements, de rencontres que l’on pourrait presque croire inopinées. La virtuosité des danseurs, leur habilité à se mouvoir dans les interstices pour recréer une autre structure, une nouvelle écriture chorégraphique époustouflante d’autant plus qu’elle est quasiment dynamitée par une gestuelle qui se défait en même temps qu’elle se fait. Laissant croire que le hasard pourrait s’engouffrer dans ces corps tordus, bancals, bizarres, torsadés comme désarticulés… avant de revenir à la simplicité d’un seul geste, qui s’inscrit en silence, dans l’espace. Du grand art. On attend avec impatience la deuxième partie !

Agnès Izrine

12 juin 2021 Biennale de la Danse de Lyon, Usines Fagor.

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