« Anyway » de Sandrine Lescourant

Au festival Kalypso, un trio intense sur l’enfermement, né à partir d’ateliers de danse pour femmes en détention.

Depuis quelque temps, la privation d’espace et de liberté s’est invitée sur les plateaux (et dans les vidéos) de danse avec force, le confinement ayant contraint de nombreux artistes chorégraphiques à danser dans leurs cuisines et leurs chambres… Plus insidieusement, l’isolement a influencé, de manière directe ou indirecte, un grand nombre de créations. Mais cela reflète une situation exceptionnelle (on l’espère) abordée du point de vue de l’artiste. Pour d’autres personnes, placées en détention, cette privation est une affaire de longue durée. Pour elles, les projets artistiques menés en prison aident à structurer le temps et les esprits. Ils sont essentiels pour les détenus et demandent à l’artiste de se placer dans une temporalité autre, plus étendue.

Aussi, Anyway de Sandrine Lescourant est un projet de longue haleine. La chorégraphe francilienne a commencé à rencontrer des femmes détenues dans un pénitentiaire à Rennes, en menant des ateliers, il y a plusieurs années. De ces rencontres [lire notre interview] résulte aujourd’hui une pièce pour trois danseuses professionnelles, profondément empreinte de leur expérience faite avec les femmes en prison, reflet d’une réalité austère, qui fait penser au solo Hope Hunt  d’Oona Doherty, lui aussi profondément empreint de la street life de Belfast. L’association n’est pas fortuite car Sandrine Lescourant a effectivement interprété ce solo mythique, sans que pour autant il y ait autre ressemblances entre les deux pièces que le rapport direct à une réalité sociale et sa violence inhérente.

Anyway  est une « danse de transcendence », dit Lescourant, car écrite « dans un esprit hip hop même si le vocabulaire n’est pas hip hop ». Ni krump par ailleurs, sauf par petits zestes. Guidées par la chorégraphe, les trois interprètes ont réussi à développer un vocabulaire très personnel et authentique, pour un trio qui est en train de prendre forme pour témoigner d’une reconstruction intime par la danse.

Au-delà du spectacle Anyway  pour la scène, les ateliers en prison sont appelés à se poursuivre, même si dans ce domaine, rien n’est jamais acquis. Les contraintes administratives pèsent aussi lourdement que les contraintes spatiales. Un film a également été tourné par la réalisatrice Jennifer Aujame et devait être projeté le jour de la première, au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, dans le cadre du festival Kalypso. Mais l’œuvre était, ce jour-là, encore sur le bureau d’un juge, en attente de l’approbation nécessaire à sa diffusion. L’art en prison est une affaire sensible…

Thomas Hahn

Festival Kalypso, le 14 décembre 2021, Vitry-sur-Seine, Théâtre Jean Vilar

Image de preview © Marie Marcon

Chorégraphie : Sandrine Lescourant
Interprétation : Lauren Lecrique, Marie Marcon, Khoudia Touré
Coaching vocal : Najoi Bel Hadj
Composition musicale : Isabelle Clarençon
Lumières : Esteban Loirat

2 février 2022 – Anyway @Le Vivat – Armentières (59)
9 mars 2022 – Anyway + Icône @Espaces pluriels - Pau (64)
22 mars 2022 – Anyway @Espace 1789 – Saint- Ouen (93)
2 avril 2022 – Anyway @L’avant-Scène – Cognac dans le cadre du festival Mars Planète Danse
9 avril 2022 – Anyway @Théâtre Louis Aragon – Tremblay-en-France (93) 18, 19, 20 mai 2022 – Anyway @La Villette – Paris
24 juin 2022 – Anyway et Raw -En double plateau avec Anyway le 24 juin @Théâtre Paul Eluard – Bezons

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