Affirmant une fois encore une écriture hybride qui mêle danse, performance et arts visuels, Christine Armanger invite la figure du diable et invente un rituel contemporain pour trois créatures et un robot piloté par ChatGPT.
Chorégraphe, performeuse et plasticienne, Christine Armanger aime interroger dans ses pièces le sacré à l’aune de notre époque contemporaine. Avec son allégorique Edmonde et autres saint(e)s, elle s’intéressait aux icônes qu’étaient les saint(e)s martyrs catholiques pour mieux les mettre en tension avec les icônes modernes et surexposées peuplant les réseaux sociaux.
Dans son dernier opus, Je vois, venant de la mer, une bête monte, elle s’emparait de L’Apocalypse selon saint Jean et le rapprochait de notre époque en proie à la collapsologie. Avec de dIAboli, elle s’attache aujourd’hui à la figure ambivalente du diable par le biais d’un questionnement sur l’IA, et invente se faisant « un sabbat pour le temps présent ».
Trois créatures diaboliques
Sont-elles des sorcières, des démons, des satyres, humaines ou animales, féminines ou masculines ? Trois créatures hybrides prennent place dans une arène circulaire qu’entoure le public. Comme dans les iconographies moyenâgeuses où le diable prenait souvent l’apparence d’un bouc, elles sont dotées de sabots qui contraignent leur démarche et leur danse, cette danse longtemps considérée comme un culte sacrilège par l’Église. Chimères ou automates, en constante métamorphose, elles pourraient tout aussi bien être échappées d’une convention de cosplay, ces jeux de rôle grandeur nature dont nos jeunes contemporains sont friands. Telle une invocation satanique, leur gestuelle inspirée du krump, du punk et du métal nous entraîne vers un climax que l’on désire autant qu’on le redoute.

Un chien robot piloté par une intelligence artificielle
Mais voici qu’elles s’effacent au profit d’un chien robot, animaloïde tout aussi séduisant qu’étrangement dérangeant. Que l’on ne s’y trompe pas, si le chien est réputé meilleur ami de l’Homme, dans de nombreuses légendes, notamment allemandes, le démon est souvent représenté́ sous la forme d’un chien. Dans le Faust de Goethe, la première apparition de Méphisto ne se fait-elle pas sous la forme d’un caniche noir ? Implémenté́ avec ChatGPT cette nouvelle créature évolue en interaction avec les spectateurs. Se pourrait-il que comme un animal insuffisamment dressé elle morde ? L’IA contient-elle « le germe possible d’une réinvention du diabolique » ?

Un rituel contemporain
« Le mal, éternel jeune premier, sait mieux que quiconque traverser les âges » écrit Christine Armanger, partant du postulat que le diable est plus que jamais d’actualité. Et si de nouvelles technologies mal maîtrisées en étaient un nouvel avatar ? Avec de dIAboli elle nous propose une expérience troublante, une plongée onirico-cauchemardesque dans un rituel qui sent le soufre et qui, en donnant corps à nos angoisses, en permet l’exutoire.
Delphine Baffour
Les 5 et 6 février 2026 à l’Atelier de Paris dans le cadre du festival Faits d’hiver.
Conception, chorégraphie, texte : Christine Armanger
Interprétation : Christine Armanger, Clémentine Vanlerberghe, Suzanne Henry
Lumières et régie technique : Thomas Cany
Creative technologist (IA et robotique) : Antoine Vanel - Blindsp0t
Production : Emilie Briglia
Musique diffusée : L’Ile Re-sonante de Eliane Radigue