ZOA #5 : Quatre soirées où tout peut arriver

Ce jeune festival qui explore les zones où se croisent les disciplines artistiques, fait un pas en avant - et quelques pas de côté (mais il est là pour ça).

La cinquième édition de ZOA marque une étape importante pour ce festival consacré aux formes insolites. Pas tant à cause du chiffre. « Mais quelque chose change » constate Sabrina Weldman qui a présenté sa première édition en 2011: « La reconnaissance est là, autant du côté des média que des partenaires institutionnels. »

En quatre éditions, Zone d’Occupation Artistique a su imposer une griffe, avec une orientation nette en faveur de créations marquant la fluidité des langages artistiques au-delà des genres. L’exigence de ZOA se porte sur des aventures artistiques transdisciplinaires et engagés à la fois, portés par un regard incisif et surprenant.

On se souvient par exemple de Stéphanie Lupo, Vânia Vaneau, Cécile Proust, Garance Dor, Clyde Chabot... Et de Mohamed El Khatib qui met en scène une femme de ménage, Mme Dadat, dans un spectacle créé à ZOA et devenu culte.

Dimanche 9 octobre, Théâtre de la Reine Blanche

Weldman tient à donner aux talents des femmes la possibilité de s’exprimer et cultive quelques fidélités, comme pour Eva Klimackova, qui ouvre ZOA 2016 par une collaboration avec le plasticien et réalisateur de films expérimentaux Laurent Goldring. Porté par les poèmes de Gherasim Luca, les deux proposent avec Ouvrir le temps (the perception of) une recherche sur le rapport entre les états-limites de des mots et de la voix d Luca et le corps de Klimackova, seule sur le plateau.

Ce sera l’une de cinq créations (sur huit pièces de sept compagnies) de l’édition 2016. Elle ouvre le festival dans une soirée partagée avec Léonard Rainis et Katell Hartereau. 13 septembre (c’est le titre, pas la date du spectacle!) verra trois femmes et quatre hommes dans des états à la fois primitifs et civilisés pour interroger la capacité du corps et du mouvement à inventer. Et la nudité sera de mise, pour aller à l’essentiel.

Cette soirée se déroulera au Théâtre de la Reine Blanche, nouveau lieu partenaire de ZOA. « Nous investirons la salle modulable située au-dessus de la salle frontale du théâtre. » Cette liberté est la condition de la diversité et l’inventivité de ZOA. Mais la jauge est limitée...

Jeudi 13 octobre, Micadanses

On a pu voir des éditions de ZOA prenant appui sur beaucoup plus de lieux différents que cette année, où Micadanses est le second partenaire. Chacun accueille deux programmes, et le Studio May B de Micadanses ouvre ses portes d’abord pour Debout – se relever de Djinp Alolo Sabin et Christina Towle, et on verra là aussi une recherche sur le rapport entre la parole et le corps. Towle, qui vient de New York, a rencontré Sabin à l’Ecole des Sables de Germaine Acogny, donc au Sénégal, ainsi qu’à Kisangani, au Studio Kabako de Faustin Linyekula, où ces danseurs de rue et de hip hop ont affiné et diversifié leurs armes chorégraphiques. 

Kinshasa, 1974 : Mohammed Ali affront et bat George Foreman dans un match de boxe historique, ici érigé par Towle et Sabin en métaphore de la volonté de se battre et de survivre dans le Congo actuel avec ses guerres et sa misère. Debout - se relever est traversé par le reportage radio du match, alors que les danseurs deviennent aussi rappeur et musiciens. « N’oublions pas qu’autour du match Ali-Foreman, il y avait un énorme festival de musique » , rappelle Towle.

La soirée se poursuit par la création du deuxième volume de la série Les Corps mous de Vincent Lacoste. Le corps y devient une matière difforme et déformable qui se refuse au discours ambiant de la combativité à tout va. Lacoste, qui vient du théâtre, augmente le spectacle grâce à un système de caméras de vidéosurveillance qui ajoute à l’espace scénique des espaces extérieurs. Une double réflexion sur la résistance....

Dimanche 16 octobre, Théâtre de la Reine Blanche

HS de Katalin Patkaï, créé au festival Fats d’Hiver 2016, n’est pas une création ZOA. Et pourtant… Ce duo de la chorégraphe riche en propositions hors norme et hors cadre, ne sera jamais tout à le même à chaque reprise, tout simplement parce que son fils Ernesto, partenaire de scène dans cette proposition déroutante, grandit au rythme des enfants.

Entre la première en février et la représentation à ZOA, huit mois se sont écoulés, et c’est beaucoup dans une vie aussi jeune. Comme le sujet de HS est la relation de Patkaï à son fils et comme celui-ci peut bouger en scène en toute liberté, la transformation de cette performance pourrait en être un sujet en creux, se construisant au fil des années.

Jeudi 20 octobre, Micadanses

Deux créations, deux sauts vers l’inconnu, pour une soirée partagée commençant par Amorce, solo de et avec Bleuène Madelaine, qui n’a pas seulement étudié le russe mais aussi le butô, et a travaillé avec Boris Charmatz et Maud le Pladec. Elle sera suivie de Les plans de notre foyer de Florian Pautasso, performance pour quatre femmes, en vue d’une création théâtrale.

Thomas Hahn

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