« ZERO » de Nanami Kohshou

Un post-butô performatif s’est créé à Paris, pour faire table rase et chercher un nouveau départ.

Nanami Kohshou, butoka de longue date évoluant entre Tokyo et Paris, a pour port d’attache, côté Seine, le Centre Culturel Bertin Poirée dédiée à la culture nipponne, qui offre, par ses festivals annuels de butô ou de petites formes chorégraphiques, moult découverte intrigante. Accompagné de  deux musiciens, Kohshou vient de présenter une première version de ZERO, recherche d’un néant constructif.

Du butô, ZERO préserve le goût de l’interaction avec les musiciens face au danseur et la liberté d’interpréter, selon les inspirations reçues, une partition gestuelle définie. Mais le personnage sort de l’esthétique du corps poudré et du visage blanc. Dans son sweat à capuche, Koshou incarne un adolescent proche d’un personnage de Gisèle Vienne, introverti mais prêt à exploser, dans un rapport au monde plutôt frontal.

Et pourtant, ZERO n’est pas construit sur une narration, mais sur un lien partagé avec l’espace scénique, dans une approche partagée entre un corps, des sons et la lumière de s’unir à travers ce medium qu’est l’air qui remplit la sphère scénique - au-delà du butô.

Le butô, tel  qu’il a conquis le monde, part d’un corps ouvert et traversé. Le personnage de Kohshou accentue les frontières, et accepte de recueillir en lui uniquement les énergies de la musique et des lumières, pour laisser jaillir d’éventuelles fulgurances du corps. Il y a une idée de krump qui flotte sur ce ZERO, sur les gestes répétitifs mais éloquents et une lumineuse mécanisation des bras, où résonnent pourtant quelques échos de la danse traditionnelle japonaise.

ZERO creuse le trou noir d’un point de départ qui ferait table rase du monde connu, tel que l’on peut le rêver en pleine crise d’adolescence. Cela ne va pas, ici, sans tituber ni sans se frotter au sol, aux sons et aux frontières. Dans ce fracas intérieur, un butô 2.0 est né.

Thomas Hahn

Spectacle vu le 4 octobre

ZERO

Nanami Kohshou : Danse

Sylvain Darrifourcq : Percussion et électronique

David Merlo : Basse électrique, traitements et spatialisation du son

Margot Olliveaux : Lumière

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