Yasmine Hugonnet à la Biennale Danza de Venise

Une salle tout en longueur dans le Palazzo Trevisan degli Ulivi, avec son parquet de bal et son lustre… vénitien, bien sûr. Quand on est placé, face à l’enfilade, on a l’impression que les sept danseurs sont la démultiplication d’un seul, une mise en abyme telle qu’on la perçoit quand deux miroirs se font face.

Mais le dispositif est aussi bi-frontal puisque nombre de spectateurs sont placés de part et d’autre de ce « couloir » somptueux.

Le Récital des postures commence donc par un strict alignement, un peu diagonal, des danseurs. La gestuelle est identique, donnant l’impression d’un seul grand corps mû par un moteur secret. Peu à peu, les tempi se désaccordent légèrement, laissant entrevoir une singularité dans la façon de prendre le mouvement. Créant aussi une sorte d’attente d’un corps à l’autre corps, finissant par perturber le spectateur, car on ne sait plus si ce décalage est un effet du déplacement de notre regard de l’un à l’autre ou s’il est vraiment dû à un écart temporel entre les gestes de chacun des danseurs.

De cette façon, outre l’effet « retard » qui inclut chaque danseur dans une sorte de sculpture mouvante en métamorphose constante, on a surtout l’impression que Yasmine Hugonnet rend le temps palpable, sinon malléable.

Sans qu’aucun des interprètes n’ait le moindre contact avec l’autre, il se dessine une sorte d’organisme vivant, dont chacun de ses membres dépend. Presque moléculaire, cette chorégraphie en « file » a quelque chose de serpentine, avec ses torsions, ses méandres, ses sinuosités, ses vibrations.

Imprégné du lieu qui l’accueille, ce Récital des postures est une belle découverte et les jeunes danseurs amateurs sont vraiment exceptionnels.

Agnès Izrine

25 juin 2015 Biennale College - Danza, Venise

Le Récital des postures - extensions
Chorégraphie : Yasmine Hugonnet
Avec : Luna Cenere, Marta Lucchini, Ilaria Quaglia, Francesco Marilungo, Simona Rossi, Miranda Secondari, Tyra Wigg

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