« The Way of the Rabbit – La danse perdue » au Palais de Tokyo

Le Chemin du lapin est une jolie histoire à tiroirs qui a pour point de départ celle d’Ariane et du Minotaure, fruit de la relation entre un taureau blanc et Pasiphaé, monstre mi-homme, mi-taureau, qui dévorait tous les neuf ans sept jeunes filles et autant de jeunes garçons.  Thésée devant être sacrifié, il rencontra la fille du roi Minos, Ariane, qui le sauva en lui donnant une bobine de fil pour retrouver son chemin dans le labyrinthe construit par Dédale qui abritait le Minotaure. Si cette partie de l’histoire est connue, on sait moins la suite. Thésée, Victorieux, se rendit à Délos devant le temps l’Apollon, où il initia une danse afin de retranscrire les mouvements effectués pour sortir du piège architectural. Il souhaitait en effet, offre aux Athéiniens, la solution trouvée. Mais ses gestes ont été perdus. Seuls des fragments subsistent dans les textes d’Homère, Plutarque, Apollodore ou Virgile qui évoquent cette chorégraphie à jamais disparue et qui aurait pourtant été inscrite sur le bouclier d’Achille.

La danse perdue invite donc à prendre des chemins de traverse pour retrouver cette énigme dont les corps qui se meuvent contiennent des fragments.

 « The Way of the Rabbit – La danse perdue », Palais de Tokyo, 2015. Photo : Laurent Philippe

Pour les danseurs chorégraphes de l’Opéra national de Paris comme pour les artistes en résidence du Pavillon Neuflize OBC, le jeu a consisté à s’approprier cette idée de la transmission des énigmes par le corps.

Ce rébus fait appel à de multiples figures comme celle du lapin qui apparaît en modèle de persévérance et de fidélité en Birmanie, ou qui est sans cesse poussé par l’urgence, comme chez Lewis Caroll.

Cette création est le fruit d’un workshop de plusieurs semaines entre des danseurs-chorégraphes du Ballet de l’Opéra national de Paris et des artistes actuellement en résidence au Pavillon Neuflize OBC, le laboratoire de création du Palais de Tokyo dirigé par Ange Leccia. 
Les danseurs-chorégraphes de l’Opéra national de Paris Marie-Agnès Gillot, Jérémie Bélingard, Adrien Couvez et Nicolas Paul ont été invités à travailler avec les artistes contemporains en résidence au Pavillon: les plasticiens Aung Ko, Charbel-joseph H. Boutros, Jonathan Martin et le musicien Keiichiro Shibuya, en collaboration avec les artistes Laurent Derobert et Estelle Delesalle, le groupe Ghost Rhythms, les étudiants de l’ACTS/Ecole Supérieure Chorégraphique, ainsi que Ange Leccia.

La coordinnation artistique de l’événement était assuré par Benjamin Pech danseur étoile de l’Opéra de Paris et Fabien Danesi responsable du programme au Pavillon Neuflize.

« The Way of the Rabbit – La danse perdue », Palais de Tokyo, 2015. Photo : Laurent Philippe

Conçu donc comme une sorte d’exposition, il y avait douze stases à ne pas manquer.

La première, Body Basement est une vidéo d’Ange Leccia où Marie-Agnès se déploie dans les sous-sols de l’Opéra. Volontairement sombre, l’étoile dessine ses gestes laissant dans l’ombre le mystère de figures latentes, peut-être sédimentées à l’état de souvenirs, peut-être oubliées. On la retrouve à la fin, sur le toit de l’Opéra, toujours dans une vidéo d’Ange Leccia et Kelichiro Shibuya, face au soleil couchant comme pour exorciser les ténèbres entrevues au début, dans une sorte de vertige de la danse triomphant des éléments.

La deuxième moment signé Jérémie Bélingard et Jonahtan Martin tire son nom de Just out of Reach de The Zombies (1965). Filmé dans le cimetière d’Abney Park, au nord de Londres, un lieu fantasque, very british, où l’on trouve des tombes insolites ou célèbres et où Jérémie Bélingard esquisse quelques pas…

Puis Laura Bachman dans Danser avec hier (sur une idée de Charbel-Joseph H. Boutros et une chorégraphie d’Adrien Couvez) se livre à une sorte de dialogue de l’ombre double dirait-on pour citer Béjart. Elle dansait devant un écran où elle danse la même chose, à la même heure,  à l’Opéra de Paris… mais la veille. Une sorte d’ellipse du temps que seule la danse permet de conjurer.

« The Way of the Rabbit – La danse perdue », Palais de Tokyo, 2015. Photo : Laurent Philippe

C’est alors que les élèves d’ACTS s’élancent dans la galerie pour une chorégraphie de groupe très organique, presque animale dans leur façon de se mouvoir créée par Jérémie Bélingard en collaboration avec le plasticien Aung-Ko. Sur la musique de Keiichiro Shibuya, vêtus de noir, leur chair soulignée par des traces de peinture de la même couleur, ils ressemblent à une tribu inconnue, surgie d’un passé ou d’un continent disparus. Toujours en mouvement, ils sont houle, vent, nuée, développant un système cognitif de communication secret. Ce sont eux qui traceront The Way of the Rabbit, cet animal subtilement rapide qui semble attendre avant de disparaître brusquement. Ils accompagneront la suite de l’événement où l’on pourra voir Marie-Agnès Gillot et Benjamin Pech tracer dans le sable de Délos des bribes de la « danse perdue », ce Choros de sable dessiné sur le bouclier d’Achille avant que n’y retourne le sable dansé.

« The Way of the Rabbit – La danse perdue », Palais de Tokyo, 2015. Photo : Laurent Philippe

Chacun pouvait circuler pour découvrir dans une pièce (Juliette) une vidéo que l’on ne pouvait voir que par une fente, où Juliette Hilaire mise en mouvement par Estelle Delesalle et Nicolas Paul, ne pouvait être qu’aperçue par instants. Dans une autre pièce Les Confessions des danses perdues invitaient Jérémie Bélingard, Adrien Couvez, Laurent Derobert, Marie-Agnès Gillot, Nicolas Paul et Benjamin Pech, tous danseurs de l’Opéra de Paris, à évoquer ce thème en liaison avec leur pratique.
La danse s'évanouissait ensuite tandis que subsistaient seules les traces des danseurs sur le mur... siginifiant bien sa perte irrémédiable. Mais n'est-ce pas l'essence même de la danse d'être éphémère.
À la fin, un concert des Ghost Rythhms évoquait Vaslav Nijinski et sa dernière danse…
Premier volet d’un partenariat appelé à se développer dans les saisons à venir, cette soirée était un vrai moment insolite et poétique que nous espérons voir se réitérer souvent.
Agnès Izrine
15 juin 2015 - Palais de Tokyo, Paris

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