« Voronia » par La Veronal

« La religion est le garant moral qui permet de séparer le bien du mal dans l’existence terrestre et, paradoxalement, l’instigateur des pires massacres, le facilitateur de châtiments séculaires comme la haine, la torture et l’oppression. Au-delà, seul l’enfer la surpasse, châtiment final et éternel ; un état de souffrance qui, comme dans la Bible ou Dante, se situe spatialement en dessous, car le mal gît dans les grottes les plus profondes où il jouit d’une liberté d’expression absolue. » Ces phrases tirées de la note d’intention du chorégraphe Marcos Morau, dresse le fil conducteur de sa pièce Voronia qui met en exergue les manipulations de chacun quitte à délivrer ses obsessions donc au final, l’obscurité humaine.

Un grand tapis rouge tout d’abord méticuleusement nettoyé avec derrière un immense mur recouvert d’un voile gris qui va, au fil du temps s’ouvrir pour laisser apparaitre différents éléments, composent la base de la scénographie. Un jeune garçon est seul en scène puis s’esquive pour laisser la place aux huit danseurs vêtus de noir avec juste deux points blancs, le col et les chaussettes. Ils effectuent des pas tels des pantins désarticulés et donnent le sentiment que leurs ligaments et jointures ne sont plus liés tant ils arrivent à se désaxer. Cet effet de rupture très étonnant et parfaitement bien interprété qui se décline entre solos, duos et ensembles est la partie récurrente de cette étrange intrigue.

Le sas s’ouvre et laisse entrevoir une salle d’accouchement. Un bébé est né. Les portes se referment, elles se rouvriront plus tard avec une immense table blanche dressée pour des convives qui est glissée sur le tapis rouge sang. Les hôtes qui sont au nombre de quinze, sont composés de personnages qui évoquent, de par leurs costumes, toutes les religions. L’enfant se cache sous la table, il est rejoint par un ecclésiastique qui en ressort en réajustant ses vêtements…

"Voronia" - Galerie photo © Josep Aznar

De là, s’installent des idées peu compréhensibles entre les portes de ce qui est maintenant un ascenseur où les uns et les autres se perdent, reviennent, se cherchent… Les continuelles poursuites sont incohérentes et la chorégraphie qui est, depuis le début, déclinée toujours dans un même rythme, n’apporte guère de réponses.

Des phrases très violentes sont dispatchées au fil du temps pour finir par faire comprendre que Dieu regrette tout ce qu’il a créé, aussi bien les hommes, que la nature et les animaux et désire tout reprendre pour engendrer des êtres sans esprit.  Ah !

Malheureusement, bien que Voronia soit étudié sur tous les plans dans ses moindres détails et propose des tableaux d’une grande beauté, il est indéniable qu’il ne suffit pas de s’adjoindre les plus grands moments des œuvres de Verdi et Wagner, ni de proposer une écriture chorégraphique très originale, pour dépeindre correctement un thème qui veut prouver que chaque être de notre terre symbolise la notion du mal.

Sophie Lesort

Vu à Chaillot le 13 avril

Direction artistique : Marcos Morau
Chorégraphie : Marcos Morau avec la collaboration des danseurs
Assistant et conseiller artistique : Roberto Fratini
Dramaturgie : Pablo Gisbert (El Conde de Torrefiel)
Scénographie : La Veronal, Enric Planas
Lumières : Albert Faura
Avec : Lorena Nogal, Manuel Rodríguez, Marina Rodríguez, Giacomo Todeschi, Sau-Ching Wong, Jony López, Shay Partush, Joaquín Collado

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