« Vertikal » de Mourad Merzouki

Très attendue, la dernière création 2018 de Mourad Merzouki venait en point d’orgue d’une saison particulièrement intense pour celui qui s’impose désormais comme l’une des figures majeures de la scène chorégraphique. Elle ouvrait, en outre, la programmation annuelle de la Maison de la Danse dont la directrice Dominique Hervieu, dans son petit mot de bienvenue, confessait volontiers que Mourad était l’un de ses « chouchous ».

Après sa rencontre avec le baroque dans Folia et son retour aux sources du hip hop dans Danser Casa au printemps, l’enfant de Lyon s’était lancé un nouveau défi : appréhender la verticalité. Lui dont les ancrages, comme tout bon breakeur, sont naturellement au sol, cédait à la tentation de la hauteur, en lointain écho à son adolescence à l’école de cirque de Saint-Priest.

Galerie photo © Laurent Philippe

Mais il est écrit que Mourad Merzouki, décidément, n’est jamais là où on l’attend - et c’est tant mieux. Là où, naïvement peut-être, on imaginait une chorégraphie purement aérienne, jamais peut-être on n’aura autant senti l’irrésistible force d’attraction de la terre. Suspendus à des filins depuis les cintres, ou en appui sur les prises d’escalade des grands monolithes délimitant l’espace scénique, les dix danseurs semblent sans cesse soumis au contrepoids de la pesanteur. Chacun de leurs mouvements met en jeu des forces contraires. Même hors sol, ils retrouvent la dimension horizontale, comme en suspension, et occupent tout l’espace avec une incroyable dextérité gestuelle.

Galerie photo © Laurent Philippe

Entre sa danse organique et le principe d’élévation, Mourad Merzouki a choisi… de ne pas choisir. Dans une série de tableaux et d’images fortes, il crée un espace original où les contraires se fondent. Certes, les contraintes techniques du dispositif, qui a demandé à la troupe un apprentissage intensif, décalent nécessairement les mouvements du côté du spectaculaire. Mais on sait l’aptitude du chorégraphe à affiner progressivement son propos pour en laisser affleurer le sensible, et on ne doute pas que les représentations à venir permettent de sublimer encore davantage l’exercice.

En témoigne la dernière scène où garçons et filles, enfin libérés de la pesanteur, se lancent à l’assaut des cimes  dans une série de rebonds enivrants. Et soudain, Vertikal prend un goût d’éternité, celui de la quête poétique d’un autre espace temps.

Isabelle Calabre

Vu à la Maison de la danse de Lyon, dans le cadre de la Biennale de la Danse, le 14 septembre 2018.

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