Une pièce jonglée pour la Biennale de la Danse

Jonglage chorégraphique, danse verticale et trampoline, théâtre musical... Le cirque actuel reste gourmand de fusions artistiques.

Peut-on encore faire un festival sans inviter un spectacle de cirque contemporain ? A une époque où certains publics sont en désir de virtuosité sans oser le dire, alors que d’autres s’en méfient, mais sans en être certains jusqu’au bout, les arts de la piste sont les mieux placés pour valoriser le spectaculaire sans en avoir l’air.

Sous toutes ces coutures, le cirque renvoie toujours à l’exploit, même s’il le contourne, le déconstruit, le réinvente sans cesse. Le cirque est le négatif (au sens photographique) de l’art élitaire pour tous : il est l’art populaire par excellence et mélange circassiens, danseurs, acteurs, plasticiens, arts numériques…

Sans en avoir l’air, le cirque et la danse poursuivent leur rapprochement. Le cirque s’installe dans les festivals de danse, mais la réflexion chorégraphique est presque omniprésente dans les créations circassiennes.

Le Boustrophédon : Bleu violon

Le Boustrophédon, compagnie de Christian Coumin, directeur de l’école de cirque Le Lido (Toulouse), présente, avec la dernière version de Bleu violon, un théâtre chorégraphique et musical augmenté par la magie nouvelle (utilisation d’arts électroniques), ce qui donne lieu à quelques tours de jonglage à effets spéciaux très enjoués.


Le monde est-il un violon bleu ? Le Boustrophédon nous présente une maisonnée de musiciens amateurs, éperdus, observés et commentés de l’extérieur par on ne sait trop qui. Sans but définitif, ils pourchassent des esprits de maison, dessins animés fantomatiques apparaissant sur les murs de façon intempestive.

Le décor décrépi fait penser à certains metteurs en scène internationaux comme Alvis Hermanis, et on voit resurgir le théâtre musical de Christoph Marthaler, dans une ambiance entre Alain Platel et Peeping Tom, narration de l’absurde si ce n’est un essai existentialiste - jonglé, bien sûr.

Alors, que feriez-vous d’une poignée de petits monstres facétieux et parfois rebelles qui envahissent vos quatre murs ? Dans le huis clos élargi de Bleu violon, on en fait des camarades de jeu, et on essaye de les attraper grâce à des cadres de tableaux. Mais les lutins électroniques (n’appelle-t-on pas ça des trolls ?) ne consentent pas toujours à se laisser cadrer. Peuvent même se venger violemment…

Face à tant de tableaux de chasse, nous sommes bien sûr tentés d’y lire une allusion à Pokémon Go. Mais c’est avoir tout faux (ou bien avoir des informateurs dans l’industrie des jeux). Il va de soi que l’idée de Bleu violon est née longtemps avant que le monde ne savait quoi que ce soit du jeu de chasse aux monstres virtuels. 

Collectif AOC : Foi(s) 3

C’est un ancien danseur (Stéphane Podevin) qui accompagne Foi(s) 3 à la guitare électrique. Sylvain Decure et Gaëtan Levêque, cofondateurs du collectif AOC, troupe ayant profondément marqué le paysage du cirque contemporain, rebondissent sur leur trampoline, pour jouer tous les humeurs qui ponctuent une relation entre deux copains.

Ils étaient partis sur une réflexion au sujet des croyances et de la foi. Il faut bien croire en quelque chose dans la vie... « Mais pour cette dernière version, nous nous sommes un peu éloignés de ces questions, pour centrer la pièce sur la relation entre les deux », dit Levêque.
Il leur reste surtout l’amitié, et certaines symboliques. Marcher verticalement sur un mur en essayant d’aller le plus haut possible s’apparente bien à un miracle. Et puis, les pieds de l’un aiment à se poser autour des bras écartés de l’autre, comme pour une crucifixion. Mais leurs cris, leurs envols, leur courage et leurs utopies, leurs phrases chorégraphiques verticales sont bien de ce monde.

Foi(s) 3 prend même une symbolique supplémentaire quand le spectacle se donne, comme au festival Mimos, adossé à un mur d’école : Au bout du compte, toute profession de foi concerne l’avenir. Sans oublier que les arts du cirque, ici représentés par leur discipline la plus directement chorégraphique, demandent à chaque pratiquant une foi inébranlable en lui-même. Par trois fois, Decure et Levêque ont toutes les raisons de croire en leur création.

Collectif Petit travers : Dans les plis du paysage

Il serait injuste de vouloir établir une comparaison entre Foi(s) 3 d’AOC et l’avant-première proposée dans le cadre de Mimos par le Collectif Petit Travers. Mais il faut mentionner cet heureux parallèle: Les deux troupes sont associées à l’Agora de Boulazac, Pôle National des Arts du Cirque (PNAC). La nouvelle pièce de Petit Travers, Dans les plis du paysage, verra sa première à la Biennale de la Danse de Lyon du 19 au 21 septembre 2016.

Des balles qui volent à l’horizontale tels des projectiles, éléments mobiles dans des tableaux chorégraphiques où les jongleurs sont plutôt immobiles, pour une dramaturgie encore très floue. A quatre semaines de résidences avant la création, de belles idées et plein de matériau percutant étaient sur le plateau. Mais pas encore une pièce cohérente.

Cependant, il est encore permis d’y croire, vu que la compagnie dirigée par Julien Clément et Nicolas Mathis a su convaincre, dans ses spectacles précédents, avec des chorégraphies jonglées, où les balles peuvent fuser comme dans un feu d’artifice. Les plis du jonglage espèrent bien se déplier pleinement à Lyon, où par ailleurs, Yoann Bourgeois investira la Place Bellecour, le 18 septembre.

Thomas Hahn

Spectacles vus au festival Mimos 2016

www.mimos.fr
www.biennaledeladanse.com
 

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