« Un Week-End à l’Est », 3e édition: Interview d’Adrienn Hód

Figure déterminante de la danse contemporaine hongroise, Adrienn Hód présente sa pièce Conditions of being mortal à la MPAA de Paris 6e, le 23 novembre 2018. Interview.

Danser Canal Historique : Vous allez montrer votre pièce Conditions of being mortal dans le cadre du festival  Un Week-End à l’Est, dont l’édition actuelle est consacrée à la Hongrie, avec théâtre, cinéma, musique, littérature et autres arts. Vous partagez ce temps fort avec des noms bien connus comme le metteur en scène Árpád Schilling ou le cinéaste Béla Tarr. Mais on vous connaît bien peu en France, alors que vous êtes une figure déterminante de la danse contemporaine en votre pays. Comment s’est fait le choix de la pièce que vous allez présenter et quel est son lien avec la société hongroise ?

Adrienn Hód : Le choix de montrer Conditions of being mortal a été celui des organisateurs d’Un Week-End à l’Est. Elle pose un regard sur la société de la danse en Hongrie, plus que sur la société en général.  C’est une réflexion sur les traditions du spectacle vivant. La danse contemporaine crée un langage nouveau et réécrit nos attentes face à la danse. Mais cette danse évolue dans un contexte qui est encore très hiérarchisé et la danse contemporaine est encore très restreinte en Hongrie. Bien qu’elle devienne de plus en plus passionnante, elle ne reçoit aucune reconnaissance de la part du gouvernement.

DCH : En regardant des extraits de Conditions of being mortal, on a l’impression que la pièce engage aussi un dialogue avec le ballet. Il y a comme des allusions à Shéhérazade, par exemple.

Adrienn Hód : L’inspiration de l’esthétique de la pièce, des situations, des gestes et des comportements vient de styles divers, comme le ballet, l’opéra, les comédies musicales, la danse moderne, les mélodrames et les séries télévisées. Nous avons mené une recherche sur les formes de tension et les conflits fondamentaux qui sous-tendent ces genres.

DCH : La danse est très physique, presque sauvage.

Adrienn Hód : Oui, mais ce côté physique découle d’états émotionnels. Au début du processus de création, nous avons travaillé avec une masse non-articulée de mouvements et de sons qui n’ont pas de signification assignée. Cela se transforme en énergie  grâce à l’exagération qui ouvre le corps au subconscient. Nous voulions ensuite rendre visible le processus par lequel ces éléments non articulés se structurent et se chargent de sens. Pour ce faire nous avons défini des personnages et les relations entre eux, entre les corps et l’espace. Et chaque personnage est devenu une caricature de lui-même. Nous nous drapons d’humour pour mieux parler de choses qui se situent sous la surface.

DCH : Vous travaillez aussi avec la nudité. Est-ce un choix audacieux ou provocateur dans le contexte hongrois ?

Adrienn Hód : En partie, oui. Pour un public non initié ou des communautés plus refermées cela peut relever de la provocation. Mais je crois tout simplement dans le pouvoir du corps et je le respecte. Je voudrais libérer le corps de tout sentiment honteux. J’essaie de déplacer les connotations et attitudes figées par rapport au corps. L’humour aide beaucoup pour y arriver.

DCH : Comment faut-il alors interpréter votre choix de danser sur la Faust-Symphonie de Franz Liszt ? C’est bien sûr un compositeur hongrois. Mais encore ?

Adrienn Hód : Je cherchais une musique avec un éventail d’émotions bien lisible, des formes expressives et des amplitudes excessives, créant l’empathie chez le spectateur, comme dans un mélodrame. Une musique qui propose des émotions par lesquelles nous pouvons nous laisser emporter, mais auxquelles on peut aussi s’opposer. En plus, le Faust de Goethe fait partie de mes expériences fondatrices au cours de ma jeunesse.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Thomas Hahn

Un Week-End à l’Est, du 12 au 25 novembre 2018

Programmation complète

Conditions of being mortal d’Adrienn Hód, le 23 novembre à 20h à la MPAA - Auditorium Saint-Germain, 4 Rue Félibien, 75006 Paris

 

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