Un tapis symbolique pour le Béjart Ballet Lausanne

Le 17 juin dernier, cinq mille spectateurs enthousiastes applaudissaient à la Patinoire de Malley, dans la banlieue de Lausanne, la reprise triomphale par le Béjart Ballet Lausanne et le Tokyo Ballet de La IXe Symphonie de Maurice Béjart.  Créé en 1964 sur la partition éponyme de Beethoven, ce « concert dansé » n’avait pas été représenté depuis 1996.

À cette résurrection concourait bien entendu le talent des 250 danseurs, musiciens et chanteurs réunis pour l’occasion. Mais l’un des acteurs déterminants de la soirée n’était autre que la société Harlequin Floors, fabricant du tapis de scène. Loin d’être un simple accessoire technique ou de confort, ce dernier était en effet un élément à part entière de la scénographie conçue il y a cinquante ans par Roger Bernard.

Capable, selon Maurice Béjart de « transformer un minable petit terrain de basket en palais des Mille et Une Nuits », il avait imaginé en écho à cette œuvre cosmique, symbole de fraternité universelle, une immense scène circulaire autour de laquelle se déploie le public, avec un gradin en fond de scène pour l’orchestre et le chœur. Sur le tapis de danse, il avait dessiné directement des formes géométriques représentant la Terre, ses continents et les différents éléments de l’Univers. Telle une partition, le plateau était donc parcouru de lignes, de traits et de figures qui rythmaient les déplacements des interprètes.

 

Lorsque Gil Roman, directeur du BBL, décide de programmer la pièce en couronnement de la saison 2014-2015, il est pour lui inconcevable de reprendre La IXe sans son tapis. Pas question, toutefois, de peindre à nouveau les motifs à la main. Il revient donc à Harlequin Floors, fournisseur et partenaire fidèle de la compagnie, de les imprimer dans la masse du revêtement, au plus près possible de l’original. Si le leader mondial des tapis et planchers de danse est passé maître dans l’art de proposer du sur-mesure à ses clients du monde entier, de telles réalisations demeurent toutefois exceptionnelles : « Sur les 1500 tapis que nous livrons par an, seul quatre utilisent ce procédé », confirme Chantal Lagniau, directrice Europe de la société. « Les tapis intégralement imprimés, comme celui de La IXe, sont des pièces exclusives, réservées aux grandes compagnies internationales ou aux ballets nationaux comme le Bolchoï. »

Pour autant, adapter un élément scénique du XXe siècle aux besoins techniques actuels de confort, de qualité et de stockage n’a pas été chose aisée. « C’est la collaboration entre nos deux institutions depuis 20 ans qui a rendu cela possible », souligne Chantal Lagniau. « Pour le tapis de La IXe, nous avons choisi de réimprimer intégralement le motif et la couleur directement sur un produit blanc. Même si ce processus d’impression reste techniquement complexe et financièrement peu avantageux, il permet d’obtenir une surface parfaitement homogène, ce qui est un point capital pour la sécurité des danseurs. »

Le résultat est à la hauteur du défi. La preuve ? Comme l’affirme Eric Gasser, directeur technique du BBL, ce tapis unique au monde est « la seule pièce absolument indispensable de cette production ». « On va bientôt à Monaco avec ce spectacle », lance-t-il, « et tout ce qu’on va emmener, c’est le tapis de danse et deux praticables» !
La IXe Symphonie par le Béjart Ballet Lausanne et le Tokyo Ballet, à retrouver du 3 au 5 juillet au Grimaldi Forum à Monaco.

Isabelle Calabre

 

 

 

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