Un automne américain

Un premier spectacle de l’Ensemble Chorégraphique du Conservatoire de Paris très réussi.

Sous ce titre qui permettait de réunir des pièces de styles très différents, l’Ensemble Chorégraphique du Conservatoire Supérieur de Musique et de Danse de Paris qui avait invité pour l’occasion le Jeune Ballet du CNSMD de Lyon donnaient leur premier spectacle de la saison. L’ensemble Chorégraphique est l’équivalent d’une compagnie professionnelle dont les interprètes sont à la dernière étape de leurs études au Conservatoire, idem pour le Jeune Ballet du CNSM de Lyon. Mélangeant classique et contemporain ce programme était l’occasion d’apprécier l’excellent niveau des deux institutions, même si le Conservatoire de Lyon n’a donné qu’une seule pièce, Ashes, commande à Xenia Wiest sur la Partita pour violon N°2 de Jean-Sébastien Bach.

Le programme ouvrait avec la Valse Fantaisie de George Balanchine, une œuvre parfaite pour des jeunes danseurs, avec fraîcheur et difficultés au rendez-vous. Car danser Balanchine aujourd’hui peut vite devenir un peu désuet par défaut d’interprétation. D’une facture néoclassique avec ses figures étirées et décalées, d’une rapidité obligée qui demande une maîtrise parfaite des enchaînements, il faut y ajouter un brin d’humour et de piquant indispensable pour que la partition chorégraphique ne soit pas trop « datée ». Et les danseurs de l’Ensemble Chorégraphique du Conservatoire de Paris s’en tirent haut la main, faisant preuve d’une aisance très professionnelle. 

Galerie photo © Ferrante Ferranti CNSMDP

Mais c’est dans Scales, commande du Conservatoire de Paris 2019 à Liz Santoro et Pierre Godard, que l’Ensemble Chorégraphique nous a le plus impressionné. Scales comme les différentes échelles (scales en anglais) sur lesquelles joue le couple de chorégraphes pour nous entraîner peu à peu dans des boucles démoniaques où interagissent des changements de rythmes, de comptes, de mots qui se complexifient de façon diabolique. Une façon hallucinante de soudain découper une séquence de mouvement et la répéter comme on zoomerait sur un gros plan. Des accélérations imprévues. Une acuité du geste qui relèverait presque d’une vue au microscope. Autrement dit, un défi à tout point de vue pour  déjouer toutes ses contraintes, pour danser avec un tel degré de concentration, et pour le faire avec un tel enthousiasme. Une vraie performance !

Galerie photo © Ferrante Ferranti CNSMDP

Ashes, du Jeune Ballet de Lyon, signé Xenia Wiest mettait en valeur les sept interprètes dans une chorégraphie d’un néoclassicisme très contemporain, très fluide, tout en étirements, avec une attention particulière aux mouvements des bras et du torse et des jambes. On connaît peu en France cette chorégraphe, pourtant lauréate du Concours de jeunes chorégraphes 2016, qui a fait carrière en Allemagne et crée régulièrement pour le Staatsballett Berlin. 

Enfin l’icônique Fan Dance d’Andy Degroat a été présentée deux fois par le Conservatoire de Paris. La première fois, en début de programme dans sa facture « post moderne » sur la musique répétitive de Michael Galasso que l’on connaît, remportant le même succès qu’à chacune de ses présentations.

Mais la deuxième, dans sa version « Sylvester » sur Don’t stop de Sylvester,  tube disco des années 80, était une vraie surprise ! Avec ses costumes de villes un peu chic et un éclairage rose fluo, la Fan Dance prenait un coup de jeune, agrémentée de quelques improvisations, portée par l’allégresse de l’Ensemble Chorégraphique ! Il faut dire que nous n’avions jamais vu, ni même entendu parler de cette version quasiment à rebours de la précédente, que l’on espère revoir grâce au Conservatoire de Paris.

On pourra retrouver l’Ensemble Chorégraphique en répétition publique dès le 8 janvier prochain au Conservatoire, et le 30 janvier avec le même programme (et notamment la Fan Dance version Sylvester) au Théâtre de Saint-Maur des Fossés.

Agnès Izrine

 
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