« Tu nombre me sabe a tango », par la Compagnie L’Explose

Visiblement inspiré de la chanson Tu nombre me sabe a hierba du Catalan Joan Manuel Serrat, célèbre dans toute l’Amérique du Sud pour sa musique et son engagement progressiste, le nouveau spectacle de la compagnie L’Explose présenté à la Maison de la Danse de Lyon rend un séduisant hommage au tango populaire argentin des années 50.

Ce sont pourtant des danseurs originaires de la ville colombienne de Bogota - où est installée la compagnie - dont les fameux Ivàn Ovalle et Carlos Julio Ramirez, qui mènent ici la danse (la pièce est d’ailleurs proposée dans le cadre de l’année France - Colombie).

Depuis la mort à Medellin du mythique chanteur et compositeur Carlos Gardel, « le tango est en effet un genre très important en Colombie » selon les mots mêmes du directeur et chorégraphe Tino Fernandez. A rebours de la démarche quelque peu racoleuse de shows façon Tango Passion, ce dernier a choisi de porter sur cette danse des mauvais garçons la même acuité de regard que celle qui, depuis vingt ans, préside à ses créations. Après avoir abordé en 2000 les relations entre tango et boléro dans « Sé que volveras », il se penche cette fois sur les relations de couple et la passion amoureuse à l’œuvre dans ce langage des corps. Porté par la volonté d’« aller au plus profond des entrailles pour que les jambes entrelacées du couple nous racontent ce qu’il y a réellement à l’intérieur ».

Avec, sur le plateau, la présence du Quintette Leopoldo Federico mené par le bandoneonista Giovanni Parra, en fond de scène quelques projections de films d’époque tournés à Buenos Aires, et dans l’air les voix envoûtantes de Victoria Sur et Edwin Roa, le spectacle enchaîne plusieurs tableaux dansés, entrecoupés de quelques morceaux de musique pure. Duos homme - femme, pas de deux homme - homme, quartets féminins et ensembles se succèdent, en réussissant chaque fois l’exploit de surprendre et renouveler l’intérêt. Cela tient bien sûr à la maestria dont font preuve les six interprètes, en particulier les quatre femmes pourtant issues de la danse contemporaine, mais aussi à l’ingéniosité du chorégraphe, qui brouille intelligemment les lignes.

Reprenant tous les codes du tango, n’omettant aucune figure virtuose, il parvient toutefois à épurer le folklore habituellement chargé des bas-fonds de Buenos Aires pour livrer une interprétation à la fois personnelle et profondément authentique. Finement élégant sans être désincarné, son tango joue à fond la carte d’une séduction charnelle instinctive et en même temps subtilement distanciée.

L’accueil plus que chaleureux du public lyonnais ne trompe pas : Tu nombre... est un spectacle qui fait du bien, une parfaite antidote à la grisaille hivernale.

Isabelle Calabre

Vu le 17 novembre à la Maison de la Danse de Lyon

En tournée le 30 novembre au Théâtre de Roanne, les 4 et 5 décembre à la Comédie de Valence et le 8 décembre à La Mals de Sochaux.

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