« Training » de Marion Levy

Une création drôle et originale dans le cadre de Faits d’Hiver au Carreau du Temple.

Voilà longtemps que l’on connaît Marion Lévy, particulièrement comme interpréte chez Anne Teresa De Keersmaeker – elle y restera quinze ans –, où sa personnalité sensible et éclatante, rayonne. Depuis, elle a fondé sa propre compagnie à la croisée des arts et nommée Didascalie. Mais pour Training, elle nous invite à un vrai « one woman show » totalement comique et tout aussi déjanté.

Son point de départ : la femme, l’interprète, avec l’injonction d’excellence permanente, comme danseuse, comme mère, comme épouse, comme travailleuse et tutti quanti… Un mal sociétal à la mode dans notre société où le culte de la performance est érigé en valeur non négociable. Bien sûr, cette femme, c’est aussi elle. Elle, mais poussée dans ses derniers retranchements, au comble de l’autodérision et de la distance à soi. Mais surtout, c’est un spectacle follement drôle, où même la gravité se fait légère, où le burlesque surgit au détour d’un mouvement, ou d’un simple haussement de sourcil. Il faut dire que Marion Lévy a travaillé son rôle avec le célèbre clown Ludor Citrik, et sous les regards de Patrice Thibaud et Joachim Olaya. De plus, elle avoue avoir été lorgner chez De Funès, et ça se voit !

Sur le plateau, une chaise, une barre classique, et un portant où sont accrochés toutes sortes de vêtements, histoire de confirmer que l’habit ne fait peut-être pas le moine, mais y contribue dans le regard des autres. Toute la pièce est empreinte de cette veine tragi-comique, qui aborde tous les sujets qui font mal : la culpabilité, l’image de soi, l’humiliation vécue, notamment par les interprètes, le tout dans une dimension volontairement jubilatoire, acide et bien trouvée.

Galerie photo © Joachim Olaya

Bien sûr, s’y promène l’ombre tutélaire d’Anne Teresa, mais elle pourrait s’appeler autrement ça ne changerait pas grand-chose, les chorégraphes démiurges virant gourou se ramassent à la pelle. Le chemin de croix en portant sa barre sur le dos est hilarant, tout comme la scène du sommeil, celle où l’on donnerait n’importe quoi pour dormir. Ce solo ne loupe pas la solitude du danseur de fond, ni la tristesse à raccrocher les chaussons. Le texte, signé Mariette Navarro est à ce titre exemplaire. C’est un spectacle à ne pas rater !

Agnès Izrine

Le 23 janvier 2019, Le Carreau du Temple, dans le cadre du Festival Faits d’Hiver

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