« Tous Humains ! »

Au Théâtre de Chaillot, la commémoration du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme est une fusée à plusieurs étages. Décollage le 30 novembre.

Qui s’en souvenait ? En 1948, c’est dans la grande salle du Théâtre de Chaillot que fut signée, par l’Assemblée générale de l’ONU, la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Les trente articles qui, aujourd’hui encore, servent de référence à tous les pays participants ont donc été conçus dans le lieu même où vingt-huit ans plus tôt, Firmin Gémier installait le premier Théâtre national Populaire. C’est cette histoire, inscrite dans les murs et dans les consciences, que son actuel directeur Didier Deschamps entend célébrer avec la manifestation « Tous Humains ». Prenant en compte la variété des formes artistiques présentées à Chaillot et rendant au théâtre son antique mission d’agora, il convoque durant près d’un mois un aréopage de personnalités de tous bords.

Sur scène mais aussi sur le parvis de l’Esplanade, au musée de l’Homme, dans les gares SNCF ou à l’Unesco (lors d’une Rencontre le 11 décembre), ils viendront témoigner de ce que pour eux signifient les « droits humains ».

La mise sur orbite des festivités aura lieu dès le 30 novembre avec la pièce Furia de Lia Rodriguès, artiste associée à Chaillot. Fidèle à son engagement au service des questions sociales, la chorégraphe livrera son regard sur « un monde de bruit et de fureur », une ouverture pleine de sens pour une célébration plurielle qui se veut d’abord réflexion et interrogation sur les valeurs essentielles à toute démocratie.

Côté spectacles, on enchaîne les 1er et 2 décembre sur le Paysage d’ensemble de Annabelle Bonnery et Serge Kakudji, un projet transdisciplinaire mené par la chorégraphe et le musicien en collaboration avec des habitants du quartier multiculturel parisien de la Gouttte d’Or. C’est ensuite au tour de Rachid Ouramdane de présenter Franchir la nuit,  dont la version parisienne sera, sur le même principe que lors de la création en septembre à Grenoble et à Lyon ( lire notre critique) nourrie de la présence d’enfants migrants de la région parisienne.

A ces soirées s’ajoute une grande Veillée de l’Humanité qui réunira salle Jean Vilar, le 10 décembre, un impressionnant parterre de personnalités parmi lesquelles les chorégraphes Marcia Barcellos, Carolyn Carlson, François Chaignaud, Alonzo King, Phia Ménard, José Montalvo, Ohad Naharin ou Angelin Preljocaj, sans parler de l’actrice Isabelle Adjani, du dramaturge Wajdi Mouawad, du directeur de la Comédie Française Eric Ruf...

Chacun d’eux imaginera un geste, un mot ou une présence pour dire sa foi en la dignité et la valeur de la personne humaine. Cette Veillée fera écho à la Soirée d’ouverture qui quatre jours plus tôt, le 6 décembre, fera dialoguer sur les droits humains la création africaine et les artistes du monde entier, en collaboration avec African Artists for Development (AAA-fund) et le groupe Tilder.

Il reviendra aux cinéastes de témoigner de la face sombre de l’humanité, lors de la journée de projections et de débats organisée avec Arte le 8 décembre. Cette  programmation spéciale, coordonnée par l’historien Pascal Blanchard, donnera l’occasion de voir ou revoir entre autres les films de Claude Lanzmann, Rithy Panh, Ariane Doublet, et fera l’objet d’échanges avec des réalisateurs et des invités.

Hors les murs, place aux arts plastiques avec la vidéo mapping de Charles Fréger, qui projettera chaque nuit du 30 novembre au 10 décembre un cercle lumineux sur l’Esplanade du Trocadero, accompagné par la composition musicale de Teho Terado et  en partenariat avec l’atelier de création scénographique Athem.

Le Musée de l’Homme voisin s’associe lui aussi à l’événement en exposant un ensemble de photos de Sebastiao Salgado, du street art, et en programmant un ensemble de manifestations théâtrales et culturelles. A Paris et en France, une centaine de gares afficheront sur leurs frontons ou dans les salles d’attente le texte de la Déclaration Universelle, dans une création du graphiste Philippe Apeloig en collaboration avec Gares et Connexions SNCF.

Enfin, les spectateurs du monde entier pourront, grâce à TV5 Monde, découvrir un Grand Format sur la Déclaration, illustré par trente dessins de l’association Cartooning for Peace  - créée par Plantu - , mais aussi suivre sur les sites web et réseaux sociaux les dix vidéos sur le thème Résiste ! mises en ligne par les jeunes reporters francophones des Haut-Parleurs.

Le tout est accompagné par deux publications prestigieuses : le numéro 2 de la revue L’Esplanade, avec une interview exclusive d’Isabelle Adjani sur les droits humains, et le bel ouvrage collectif Chaillot, Palais de la Danse, réalisé sous la direction des historiens Pascal Ory et Pascal Blanchard, qui rassemble plusieurs contributions et regards sur les multiples facettes d’un lieu unique (éditions Somogy, 39 €).

Isabelle Calabre

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