« Threesixnine », Tentacle Tribe/ Emmanuelle Lê Phan & Elon Höglund

Soirée internationale #3

Rendez-vous phare du festival Kalypso à l’affiche jusqu’au 17 décembre, la Soirée internationale mettait cette année à l’honneur nos cousins d’Outre-Atlantique. 

« Si vous connaissiez la magnificence du trois, du six et du neuf, vous auriez une clé de l’univers ». Sur ce propos du scientifique Nicolas Tesla, la compagnie canadienne Tentacle Tribe, invitée samedi 16 novembre du festival Kalypso, a construit un spectacle séduisant qui a réjoui le public de la Maison des Arts de Créteil.

Née en 2012 de l’association des danseurs Emmanuelle Lê Phan et Elon Höglund, Tentacle Tribe maîtrise une vaste palette de gestuelles : hip hop bien sûr, en particulier breakdance et popping, mais aussi danse contemporaine, arts martiaux et même performances circassiennes.

A ce dernier point, rien d’étonnant puisque son duo inaugural, Body to Body, a été créé pour le Cirque du Soleil, avec lequel les deux fondateurs ont ensuite collaboré pour plusieurs événements exceptionnels (ainsi qu’avec le Cirque Eloize). Passé depuis deux ans aux pièces de groupe, les deux artistes ont désormais le vent en poupe, comme en témoignent leurs tournées régulières à l’étranger - dont à la Grande Halle de La Villette - les adaptations cinématographiques de leurs créations et  leurs récentes résidences artistiques dans des universités américaines. 

Threesixnine, créé en 2017, semble le fruit de toutes ces expériences. Très visuelle, charnelle bien que conçue à partir d’un principe mathématique abstrait, accessible sans dédaigner la complexité, la pièce présente une fusion réussie de plusieurs styles. Sa construction repose sur une gestuelle combinatoire du solo au sextuor que composent et recomposent six interprètes - trois garçons/ trois filles dont les deux chorégraphes - vêtus de couleurs vives.

Si leur première apparition, dans une savante pénombre, se fait en groupe, très vite leur danse se désynchronise en de multiples combinaisons, au rythme d’une musique électro signée Samuel Nadai, Michael Brobbey, Andrès Vial et Keiko Devaux.

A un moment, particulièrement réjouissant, ce sont les danseuses qui mènent le jeu, chose rare dans les pièces mixtes du genre. Comme leurs homologues masculins elles sont pieds nus - là encore une singularité - et leurs shorts sont couverts d’une mini jupette flottante. Sans afficher une féminité revendicatrice, elles font montre d’une gestuelle aussi déliée qu’efficace, surtout lorsqu’elles prennent en charge à deux un danseur dont elles traînent le corps au sol. Toute en souplesse, leur virtuosité technique épate, comme leur aptitude à être autant au sol que debout. 

De l’harmonie au chaos, du singulier au pluriel, du pas de deux au collectif, se décline une heure et quelque durant une large variété de possibles. On pourrait reprocher à ces enveloppements successifs, ces chaînes aussitôt dénouées, ces figures savantes sans cesse recomposées, ces acrobaties audacieuses à terre comme en l’air d’être un poil trop consensuelles. Heureux condensé du flirt poussé depuis deux décennies entre le hip hop et la danse contemporaine, Threesixninen’offre pas, il est vrai, de réelle surprise. Mais on ne boude pas son plaisir et cette première découverte donne envie de suivre avec intérêt les prochaines créations de Tentacle Tribe. 

Isabelle Calabre 

Vu à la MAC de Créteil le 16 novembre 2019.

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