Suresnes Cités Danse : « Presqu’ils » de Farid Berki

La première pièce tous publics de Farid Berki retrace avec une grande finesse le parcours à travers l’enfance.

Le constat s’était déjà imposé du côté de la danse contemporaine : Les spectacles pour le jeune public ont le vent en poupe, avec une véritable vague qui voit de plus en plus de chorégraphes de renom, de Rizzo à Preljocaj et autres Lebrun, créer des spectacles tous publics, le plus souvent pour la première fois. Et on avait aussi pu constater que le hip hop suit naturellement les évolutions côté contemporain. Ce qui se confirme encore, avec cette première pièce pour petits et grands par Farid Berki, avec une durée adaptée aux enfants, ici conviés dès l' âge de six ans.

Berki fait sienne la devise selon laquelle un bon spectacle pour les petits est tout aussi recevable pour leurs parents. Mais qu’on prenne les images au pied de la lettre ou qu’on en déguste la portée métaphorique, le plaisir se partage. Prenez l’image des trois ballons dans Presqu’ils, qui nous renvoient autant à la fécondation ou au biberon qu’à la fête foraine, autant à la découverte de soi qu’aux jeux d’enfants.

On trouve bien sûr dans cette pièce des galipettes à vélo d’enfant, des fontaines de popcorn et autres cabrioles. Mais Berki et ses trois formidables interprètes ne forcent jamais le trait. Nous sommes loin de certaines pièces hip hop qu’on a pu voir il y a dix ou quinze ans, avec représentation de bébés ou d’enfants à but clairement racoleur. Le hip hop est devenu adulte, et peut donc poser un regard attendri et serein sur l’enfance. Farid Berki y a largement contribué et en tire ici toutes les conséquences.

La conception, la grossesse, la petite enfance, la découverte des relations sociales et du corps comme moyen d’expression, et finalement l’envol vers la vie se dessinent à travers les émotions fondamentales comme la peur dans le noir, le désir de dominer l’autre, la souffrance d’être dominé ou encore la rencontre de systèmes de règles et la difficulté à s’y conformer. Les techniques de la danse break et du hip hop en général se révèlent être modulables avec une grande finesse, même dans les moments les plus burlesques.

Par contre, tout ce voyage à travers les premières années de vie est ici vécu dans la perspective des garçons. La rencontre avec l’autre sexe est remise à plus tard, peut-être pour une suite, et la pièce sur l’enfance des filles reste donc à écrire. A qui le tour ? Pour la musique, on pourra assurément compter sur la créativité du très prolifique Frank 2 Louise, auteur de nombreuses bandes son de cette édition de Suresnes Cités Danse.

Pour Presqu’ils, le compositeur-phare du hip hop - également compositeur pour le cinéma - se montre plus varié que jamais dans le choix des échantillons, des ambiances et des rythmes, avec par exemple quelques allusions très à propos évoquant Pierre et le Loup de Prokofiev. Il réussit à donner l’impression que la chorégraphie et la musique ont été écrites en même temps.

Mais au-delà de cette complicité fusionnelle avec la scène, chaque composition de Frank 2 Louise est une œuvre à écouter à la maison, à l’instar d’une musique symphonique écrite pour le ballet. Tout contribue à faire de Presqu’ils une pièce qui revendique de plein droit sa place au sein de la nouvelle vague des créations destinées à un public toutes générations.

Thomas Hahn

Festival Suresnes Cités Danse, le 2 février 2019, Théâtre Jean Vilar, Salle Aéroplane

Chorégraphie : Farid Berki

Danse : Kevin Pilette, Moustapha Bellal, Matthieu Corosine

Musique : Frank 2 Louise

Lumières : David Manceaux

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