Suresnes Cités Danse : « La Finale » de Josette Baïz

Pour l’ouverture de Suresnes Cités Danse, Josette Baïz et ses  danseurs amènent le public dans les coulisses d’une audition - comme dans un rêve.

Y a-t-il un danseur ou une danseuse qui aborde l’audition sans la redouter ? Echangeant son identité contre un numéro  collé dans le dos, on affronte la concurrence des autres et la voix amplifiée du directeur de casting. On exécute les figures demandées, jusqu’au « Merci ! », souvent fatal. On transpire, on tremble, on épie ses concurrents, on rêve peut-être de se détendre ou de se défouler. Tout ceci est bien présent dans La Finale de Josette Baïz, puisque le scénario part d’une audition qui se joue entre huit candidats. Le but est, très vraisemblablement, d’intégrer la distribution d’une comédie musicale dansée.

Le texte de l’annonce est lu en voix off, complété d’un petit rappel: « Une tenue extravagante ne serait pas forcément à votre avantage. » Et le candidat le plus exubérant enlève sagement son training et sa casquette jaunes. La direction exige ici la maîtrise de toutes les danses - hip hop, classique, contemporain, oriental, flamenco... - et du chant. De chaque style, les candidats livrent leur vision, souvent urbaine, virant allègrement vers le loufoque ou l’onirique. Car il faut bien se créer quelques échappatoires pour évacuer les tensions. Au bout de ce chemin, nos huit énergumènes savent aussi s’amuser ensemble. Après tout, ils sont déjà en finale...

Vidéo exclusive d'Eric Legay pour Danser Canal Historique

Talents multiples

Le casting est avant tout un prétexte à danser, à s’amuser, à se révéler. Par le scénario de l’audition, Josette Baïz revisite les débuts du hip hop d’auteur - où la figure du cercle et le rituel du défi étaient au cœur des écritures - en intégrant les acquis de trente ans de création en danses urbaines. Ce qui passe aussi par la rencontre de danseurs recrutés sur Paris et d’interprètes issus de Grenade, la compagnie de Baïz implantée à Aix-en-Provence. Aussi, certains interprètes affirment des talents qui dépassent largement le champ de la danse. En ce sens aussi, La Finale boucle une boucle qui est également celle des vingt-sept ans de Suresnes Cités Danse.

On retient particulièrement Matthieu Corosine qui se révèle  être un rappeur plein de talent et de musicalité, et Sonia Bel Hadj Brahim, une boule d’énergie pure qui s’amuse d’elle-même et de ses concurrents. Elle pourrait aussi bien se lancer dans une carrière de clown. Mais justement, on l’a vue chez Anne Nguyen et aux côtés de James Thierrée dans La Grenouille avait raison. Quant à Axel Loubette et Kim Evans qui ont évolué au sein de Grenade, ils montrent ici à quel point la théâtralité et la souplesse de passer d’un style à l’autre font partie de leur bagage.

Galerie photos © Laurent Philippe

La finesse des sons et des lumières

Thierry Boulanger, compositeur de musique de films et de comédies musicales de référence, signe une bande son cristalline, entraînante et aux références croisées, tissées comme par la main d’un grand chef. Et justement, les danseurs finissent par avancer vers l’avant-scène, pour slammer des recettes de cuisine, peu après avoir pris le micro pour réciter de la poésie ou autres réflexions sur l’art et sur la danse.

Car la recette de La Finale ressemble à celle de la salade fattouche libanaise, colorée, rafraichissante et capable d’accueillir les ingrédients les plus variés. Côté couleurs, justement, les lumières et les costumes en rajoutent, avec bonheur. Dominique Drillot fait des miracles en illuminant le mur de fond du Théâtre Jean Vilar et les tenues signées Alexandra Langlois font briller chaque personnalité d’ue manière authentique.

Galerie photos © Laurent Philippe

Clins d’œil à l’actualité

Ce qui plus est, cette revue (qui tente de ne pas en avoir l’air) sait aussi intégrer des allusions à l’actualité. Aussi a-t-on vu le premier gilet jaune faire apparition dans un spectacle de danse (même si la dimension théâtrale de La Finale est indéniable).  Et ce ne fut pas un gag facile ou racoleur, mais de circonstance. Face à l’invisible propriétaire de la voix off, les danseurs rappellent leurs dépenses encourues pour participer au casting, réclamant au passage respect et considération: « Nous avons aussi des prénoms ! »

Reste qu’après une première prometteuse, il sera interdit aux danseurs de montrer des signes de fatigue, même s’ils prennent la parole en scène pour la première fois, même si la traversée de tant de styles nouveaux pour chacune est un défi supplémentaire. Il faudra au contraire relever davantage certains interprètes qui se font plutôt discrets, trouver un brin de densité supplémentaire et surmonter le trac - qui n’est pas celui de l’audition mais celui du spectacle - pour que La Finale devienne un pari gagné sur toute la ligne.

Thomas Hahn

Vu le 11 janvier 2019, dans le cadre de la 27e édition de Suresnes Cités Danse, Théâtre Jean Vilar.

La Finale

Chorégraphie : Josette Baïz Musique originale : Thierry Boulanger
Avec Matthieu Corosine, Adrien Goulinet, Wilfried Blé, Amel Sinapayen, Sonia Bel Hadj Brahim, Mwendwa Marchand, Axel Loubette et Kim Evans

Direction musicale et composition : Thierry Boulanger
Lumière et scénographie : Dominique Drillot
Assistants chorégraphe : Axel Loubette et Kim Evin
Costumes : Alexandra Langlois
Commande et production : Théâtre de Suresnes Jean Vilar / Suresnes cités danse 2019. Avec le soutien de Cités danse connexions

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