Suresnes Cités Danse : La 26e édition !

Mourad Merzouki, Farid Berki, Blanca Li, David Drouard, Andrew Skeels, Amala Dianor… Le line-up 2018 est festif et très prometteur.

Olivier Meyer aborde son second quart de siècle avec Suresnes Cités Danse dans un esprit festif. Avec deux programmes de gala, un regard sur le Sacre du Printemps - mais sur musique rock - et le retour de Blanca Li et d’Andrew Skeels, les grands formats débordent d’énergie.

L’édition 2017 était marquée par le spectacle événement, orchestré par Farid Berki célébrant les 25 ans du festival. Le succès a été tel qu’un an plus tard, il y a un « bis » de trois représentations supplémentaires. Dans Vingt-cinq ans de hip hop, vingt-deux danseurs représentant trois générations de danse hip hop assurent l’ambiance festive, sur des musiques de Bach ou Houria Aïchi, Vivaldi ou Franck II Louise et tant d’autres.

Les danseurs au cœur

Il y a un an, Berki déclara à Danser Canal Historique : « Comme maître d’œuvre de cette soirée anniversaire, je souhaitais donc rendre hommage aux trois générations de danseurs qui ont fait le festival. Côté seniors, je pense par exemple à Fouad Hammani, qui fut à l’origine de compagnies ‘historiques’ telles que Macadam et est aujourd’hui l’assistant de José Montalvo, ou à David Mathor, rencontré à Suresnes il y a vingt-deux ans et qui a dansé avec moi dans les spectacles de Doug Elkins. Chez les ‘intermédiaires’, on peut citer Sandrine Monar, applaudie dans le Barbe-Neige de Laura Scozzi, ou Bernard Wayack Pambé, interprète dans ma compagnie et dans celle de Dominique Rebaud. Et parmi les plus jeunes, il y a François Lamargot, aux talents multiples, Valentin Loval, champion de battles» [lire l’article complet]

Käfig aussi prolonge la fête. Le programme conçu par Mourad Merzouki pour les 20 ans de sa compagnie rebondit à Suresnes. Comme Berki, le cofondateur d’Accrorap et fondateur de Käfig met les danseurs au centre. Six hommes, tous emblématiques des créations de Merzouki, sont réunis dans un salon avec son sofa, son lustre, ses tapis… Apaisement, élégance, poésie d’un chill-out où la virtuosité ne produit autre chose que de l’harmonie, racontant toute la maturité humaine et artistique du hip hop.

Un Sacre punk

La veine festive cache cependant un autre aspect de l’évolution dans le hip hop. Comme la danse contemporaine, le hip hop se met en perspective, dans un regard sur son propre parcours. 20 ans, 25 ans, et bientôt les 30 ans d’Accrorap... Dans le dialogue entre ces deux univers, l’un des achèvements majeurs de Suresnes Cités Danse, l’édition 2018 marque une nouvelle acmé, avec la création de (S)acre. David Drouard, ancien interprète d’Odile Duboc et Michèle Noiret, après avoir collaboré avec Marie-Agnès Gillot et Georges Momboye, met en scène neuf danseuses et trois musiciennes de rock punk, dans un jardin conçu par le plasticien paysager Gilles Clément. Aussi les femmes s’approprient le rite, la partition et la nature. Parce que l’énergie « sauvage » ne conduit pas fatalement au sacrifice. Un (S)acre rebelle, féministe et donc parfaitement dans l’air du temps ? On en saura tout, dès la soirée d’ouverture…

Du Sacre au sacré, il n’y a qu’un pas. Un pas de deux. Féminin, là aussi, entre Bintou Dembélé et Anne-Marie Van, la krumpeuse surnommée Nach, récemment découverte dans son premier solo [lire notre critique]. A découvrir ici dans S/T/R/A/T/E/S, face à Bintou Dembélé. Où hip hop et krump fusionnent dans un rituel réinventé, sur les traces du lien sacré à la terre et à l’autre.

On ne laissera pas dire que tous les spectacles de cette édition sont exclusivement féminins ou masculins. Mais il est vrai que Blanca Li ne mélange pas non plus les genres quand elle invite les anciens interprètes de son inoubliable Elektro Kif à la rejoindre pour une nouvelle création. Sept ans plus tard, ces jeunes lycéens sont devenus des artistes chorégraphiques adultes. Quel genre de fête nous offriront-ils sur le plateau?  Une chose est certaine: Ce sera Elektrik, comme son titre l’indique, car toujours un spectacle de danse électro.

Quintettes hybrides

Hommes et femmes se mélangent, bien sûr, dans la grande revue hip hop de Farid Berki . Mais surtout dans les deux quintettes du festival, où on n’arrivera plus à attribuer un genre artistique à des propositions portées par deux personnalités chorégraphiques qui incarnent elles-mêmes l’hybridation.

Andrew Skeels, Montréalais à la carrière entre ballet et danses urbaines, avait offert à Suresnes Cités Danse des moments mémorables avec Street Dance Club et Fleeting. Sa nouvelle création Finding Now, offre aux danseurs urbains un bain de musique baroque, pour aiguiser leur gestuelle  dans une vibration qui pourrait là aussi atteindre le sacré et connecter la danse urbaine à son histoire lointaine.

Cités Danse Connexions, ressource et source

Et Jann Gallois qui continue ici sa tournée avec Quintette [lire notre critique], œuvre encore toute fraîche et pleine d’humour, poursuit sur la lancée d’une écriture imprévisible et pourtant authentique. Sa carrière de chorégraphe est inséparable de Suresnes Cités Danse où elle a débuté dans le cadre intimiste de la Salle Aéroplane pour passer dans la grande salle, dédiée à Jean Vilar, comme le théâtre de Suresnes dans son ensemble.

Gallois a présenté ses premières œuvres dans le cadre de Cités Danse Connexions, où l’on retrouve cette année un autre invité régulier du festival : Amala Dianor. Lui-même sera en scène dans son solo Man Rec, et livrera également la primeur de sa nouvelle création.

Au total, Suresnes Cités Danse 2018 présente sept petites formes dans le cadre des trois programmes de Cités Danse Connexions ainsi que les formats intermédiaires de Blanca Li, Jann Gallois, Andrew Skeels ainsi que les trois grands rendez-vous de Farid Berki, Mourad Merzouki et David Drouard. Pour bien souligner que le hip hop est aujourd’hui un univers aussi structuré que le classique ou le « contempo », comme les B-Boys’n’Girls l’appellent.

Thomas Hahn

Suresnes Cités Danse, 26e édition

12 janvier - 11 février

Suresnes, Théâtre Jean Vilar

 

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