Suresnes Cités Danse : « Cartes Blanches » de Mourad Merzouki

Un sextuor par les anciens de la compagnie Käfig, démontrant à quel point le hip hop est force de poésie.

Six danseurs et six places assises, dont deux sur un énorme canapé. Quatre tapis d’Orient, deux lustres. Dans ce salon bourgeois du XIXe siècle, dans lequel s’introduit aussi un petit tapis de prière, six hommes conversent, par leurs gestes, par leurs corps.

On y voit une danse burlesque des omoplates, de la calligraphie par le ventre, des contorsions surréelles, un corps vibrant à la manière d’un moteur tournant à vide et autres prouesses de la galaxie hip hop.

Mais pourquoi sont-ils là ? Quel est leur sujet ? En fait, ils sont leur propre sujet, grâce à des retrouvailles voulues par Mourad Merzouki, pour les vingt ans de sa compagnie, Käfig. Et il leur donne Cartes Blanches pour laisser parler leurs corps et faire ressurgir  cette mémoire de la compagnie.

Yann Abidi, Rémi Autechaud, Kader Belmoktar, Brahim Bouchelaghem, Rachid Hamchaou et Hafid Sour ont marqué les spectacles de Käfig sur deux décennies. En témoigne Yann Abidi qui s’amuse de son manque de souffle, pour étonner d’autant plus, à l’instant suivant, par son agilité. Créé en 2016, Cartes Blanches a pu ressurgir à Suresnes Cités Danse, à juste titre. Magistral, humain et plein d’humour, le sextuor dépasse de loin le spectacle de circonstance.

Chaque interprète y trame, plus ou moins discrètement, un mini-portrait de sa personnalité chorégraphique, à travers le reflet de sa condition actuelle et parfois avec une autodérision des plus décapantes. Cette liberté d’expression justifie le titre et magnifie le hip hop. Faisant du salon leur terrain de jeu, ils créent des images pleines de grâce et de poésie. Comme si les poèmes de Rimbaud et se croisaient en dansant... dans un décor de Baudelaire.

La cerise sur le gâteau est l’unité entre l’ambiance et l’interprétation, où nul n’a recours aux attitudes stéréotypes masculines ou machistes. Même pas pour s’en moquer. Voilà six hommes qui dansent pendant une heure, sans parler de bagarre ni de testostérone. Six hommes qui ont tant à dire par la poésie du corps qu’ils sont là, tout simplement, pour s’étonner de leurs camarades, en s’amusant  avec eux. Cartes Blanches est du hip hop en mode « hors tension ». Et c’est pourquoi cette pièce ne parle pas tant du passé, mais de l’avenir du hip hop.

Thomas Hahn

Spectacle vu le 20 janvier 2018, Suresnes, Théâtre Jean Vilar

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