Suresnes Cités Danse

Concentrée en quatre week-end exceptionnels, la 28eédition de Suresnes Cités Danse est accueillie au Théâtre André-Malraux de Rueil-Malmaison, pour cause de travaux au Théâtre de Suresnes Jean-Vilar. 

Soyons Fous, c’était le titre de Salim Mzé Hamadi Moissi, le chorégraphe comorien repéré l’an dernier à Suresnes Cités Danse. Cette année, il ouvre le festival avec la création, Massiwa (Les Iles).  Soyons fous, c’est aussi le credo d’Olvier Meyer, directeur du Théâtre de Suresnes Jean-Vilar et de ce Festival, comme rempart à une liberté menacée par les remous de notre temps.

C’est aussi pourquoi il a choisi la photo de Zineb Boujema, interprète de Bouziane Bouteldja dans Telles Quelles / Tels Quels, qui représente « l’audace, l’humanité, l’émancipation et la puissance féminine », dans un pays, où il est encore difficile de danser quand on est une femme, qui plus est d’origine africaine ! 

Ces deux créations, produites par le festival, sont donc emblématiques d’une vision, fruits de la rencontre entre différents univers chorégraphiques et musicaux dans un esprit qui conjugue fidélité aux artistes et découverte de nouveaux talents.

Ces deux chorégraphes sont soutenus et suivis depuis leurs premières créations par Olivier Meyer. Massiwa  de Salim Mzé Hamadi Moissi ouvre de nouveaux horizons à la danse hip hop en s’inspirant de danses traditionnelles comoriennes comme le wadaha, le shigoma ou le biyaya sur des rythmes afro, et s’attache aux particularités des Comores, archipel volcanique de l’Océan Indien, de culture matrilinéaire. Une rareté dans la région. Mêlant aux rythmes afro la musique classique Salim Mzé Hamadi Moissi crée une pièce radicalement originale qui interroge l’attachement à son pays. 

Telles Quelles / Tels Quels, convoque des danseurs français et marocains pour questionner l’égalité des sexes, et l’identité des jeunes générations dans un monde globalisé qui plonge tout le monde dans un même remix. Puisant à la racine de leurs personnalités et de leur histoire singulière, qu’ils soient de Casablanca, Meknès, Tarbes ou Paris, ils se lancent à corps perdu dans cette aventure artistique et humaniste.

 

A découvrir, les créations en miroir d’Abou Lagraa et Nawal Lagraa aït Benalla intitulées Premier(s) Pas. À la racine de ce formidable projet, l’idée de « donner une nouvelle chance pour revenir à la danse » à des interprètes ayant traversé des difficultés professionnelles de toutes sortes, avec la complicité des Fondations Edmond de Rothschild.

C’est un projet totalement inédit en France qui réunit donc des danseurs de tous les âges, jusqu’à 35 ans ! Six femmes et quatre hommes ont été sélectionnés parmi 720 candidatures pour participer à cette expérience d’envergure qui réunit donc deux créations : celle de Nawal, intitulée Volet 1 sur une musique d’Olivier Innocenti à partir de l’Agnus Dei de Samuel Barber, et celle d’Abou, Volet 2 avec dix danseurs sur les Sonatas et Partitas pour violon seul, de Jean Sébastien Bach interprétée par Hélène Schmitt (musique enregistrée) pour déployer une gestuelle aussi virtuose que lyrique.
 Travaillant sur la musicalité et la spiritualité, il joue du contrepoint dans des duos époustoufants. Au delà de la seule création, ce projet offre une formation complète à ces danseurs et va durer une dizaine d’années avec de nouvelles promotions tous les deux ans.

Suresnes Cités Danse sera aussi l’occasion de voir Butterfly, la nouvelle création de Mickaël Le Mer un ballet éblouissant, fluide et aérien, où trois danseuses et six danseurs virevoltent avec l’élégance de papillons aussi fragiles qu’un souffle de soleil. Flirtant avec l’abstraction, sensible mais sans jamais renoncer à la virtuosité tonique, à la fulgurance et à l’urgence du break, sa danse ose la sensualité et les envols.

Avec ses neuf interprètes d’exception venus du Japon, d’Allemagne, des Pays-Bas et de France, il pointe la capacité d’adaptation de l’homme dans une société en perpétuelle évolution pour le meilleur mais aussi pour le pire. Enfin, cette 28eédition de Suresnes Cités Danse, sera l’occasion de revoir Vertikal (lire notre critique), de Mourad Merzouki et ses dix danseurs époustouflants, qui planent et tournoient sur la musique d’Armand Amar.

Agnès Izrine

Suresnes Cités Danse du 11 janvier au 2 février 2020. Théâtre de Suresnes Jean Vilar au Théâtre André-Malraux de Rueil-Malmaison, 9, place des Arts, 92500 Rueil-Malmaison. 

 

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