« Sous-Venances » de Myriam Naisy

Certes, le goût du spectacle de Myriam Naisy ne correspond pas aux règles en vigueur. Mais ce programme de deux pièces témoigne que son univers, cohérent et poétique, fonctionne très bien.

Programme double, Sous-Venances, composé d’un solo, De Plume et de plomb et du trio Sous-Venance Sur-Venance -d’où découle le nom de l’ensemble- permet de se faire une idée assez précise de l’évolution de Myriam Naisy, chorégraphe que les instances nationales n’accablent guère de propositions… Pourtant, installée en résidence à Blagnac depuis près de 20 ans, auteure de plus de 35 pièces, tournant beaucoup mais hors des chemins balisés (139 représentations dans 66 lieux depuis 2012 pour ZZZ’Insectes), la chorégraphe n’usurpe pas sa place dans le monde de la danse, et s’il est un mérite du Off d’Avignon, le voilà : permettre de s’en faire sa propre opinion.

De plume et de plomb commence comme un rituel. Au centre d’un cercle, une silhouette enveloppée d’un genre de manteau grisâtre et surmonté d’une coiffure en pétard. Le tout dans une scénographie d’une grande élégance, plumets d’herbes de la Pampa suspendus en mobiles abstraits, gris du sol et grosses boules marquant le périmètre du cercle… Graduellement la figure va se dévêtir, apparaître torse nu, juché sur de vertigineux talons, les jambes gainées… Figure inquiétante et d’une intense sensualité, mais qui, au fil d’une gestuelle très exigeante et engagée, se dépouille. Le solo, superbement tenu par Salima Nouidé, passe de l’arrogance à une fragilité animale, d’une forme design et presque précieuse à un primitivisme libéré. La chorégraphe revendique sa découverte de la culture amérindienne au cours d’un long séjour au Canada. La grille de lecture fonctionne, mais plus largement  montre une libération intime vécue au cours d’un rituel profondément senti.

De plume et de plomb- Galerie photo © Lionel Pesqué

Le trio Sous-Venance Sur-Venance se tourne vers un monde oriental que la musique d’Anouar Brahem évoque puissamment. D’un duo qui rapidement, en amenant au centre de la scène une femme jusqu’alors emmaillotée, passe au trio, découle un cérémonial apprêté. Costumes et perruques excessives et rouges, fétiche (déclinaison contemporaine des fétiches à clous congolais), cercle de pétales pour une danse très enlevée ; tout cela va se resserrer en s’apaisant. Avec des costumes évoquant l’abaya, et malgré le bleu rappelant les touaregs, avec un unisson giratoire qui suggère plus l’obéissance que la libération des soufis, la construction de la pièce laisse le sentiment persistant que dans cet univers orientalisant, l’ordre tient plutôt de la menace. Pas certain que cela ait été le propos premier de l’œuvre, il n’en reste que cette lecture assez pessimiste persiste et laisse à penser.

Sous-Venance Sur-Venance - Galerie photo © Lionel Pesqué

Même évocation de rituel, même appel à des peuples étrangers, De Plume et de plomb comme  Sous-Venance Sur-Venance rêvent l’exotisme plus qu’elles l’évoquent. Ce lointain, le désert autant que la culture amérindienne, éloigne le propos pour mieux revenir à l’intime. Sous prétexte de monde lointain, la chorégraphe ne parle que d’elle, comme dans ce voyage qui n’a lieu qu’autour de sa chambre, dans un rêve qui en est peut-être le vrai lieu.

Certes, ce soin pour la danse et la scène (la chorégraphe signe également lumière et scénographie) possède cette puissance poétique et ce penchant théâtral qui date. Mais, si l’univers très visuel et le goût du spectaculaire dont témoigne Myriam Naisy correspondent mal au canon du spectacle actuel, il faut en reconnaître cependant l’efficacité.

Et même la pertinence en ce que, derrière une esthétique soignée, le message porte, aborde des thématiques certes simples, mais, pour autant, importantes, que cela est bien fait et partant, important à connaître. Cela mériterait même quelques propositions d’instances nationales…

Philippe Verrièle

Vu le 23 juillet 2019 - La Factory/ Théâtre de l'Oulle
Festival d'Avignon

Tournées

10 septembre 2019 / Festival Le Temps d'Aimer, Biarritz
25 septembre 2019 / L’Escale, Tournefeuille
11 janvier 2020 / L’Autre Scène, Vedette
23 janvier et 24 janvier / Halle aux grains , Lavaur
6 février 2020 / Théâtre Scène des 3 ponts, Castelnaudary
7 mai 2020 / Espace Apollo, Mazamet
17 mai 2020 / Le Noviciat, Saint-Antoine-l’Abbaye

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