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Soirée « Danse et cinéma » au Louvre

L'auditorium du Louvre, le 25 janvier 2017, dans le cadre de Culture G, a présenté une soirée "Danse et cinéma" avec le chorégraphe et danseur Philippe Decouflé, entouré de Laurent Valière de France-musique et Ali Rebeihi de France-Inter. Laurent Valière anime 42ème rue, émission consacrée à la comédie musicale et Ali Rebeihi présente Grand bien vous fasse ! . Le souci de Culture G est l'extension de la culture générale avec comme perspective l'unité des arts. Ces soirées régulières sont organisées en lien avec La Petite Galerie qui expose actuellement Corps en mouvement, danse au musée.

Cézanne disait qu'on ne peint pas tout de suite. La danse moderne ne danse pas tout de suite. Les danseurs préparent leur espace comme un peintre son fond de tableau. La scène de danse n'est pas un lieu neutre. Elle fait partie de la création. Le danseur construit autant son espace que ses mouvements.

Qu'en est-il de l'espace public, d'une parole publique ? Un danseur répondit silencieusement à la question à sa façon. Un danseur va s'exprimer.

Philippe Decouflé, avec malice, devant les spectateurs, prépara son espace d'expression dans le premier mouvement de la soirée. Etait installé un dispositif classique pour un échange de paroles avec table ronde, micros, chaises. Le tout situé de côté pour laisser le champ à la perception des extraits de comédies musicales projetés sur grand écran (avec notamment Chantons sous la pluie, West Side Story, Tous en scène, Les 5000 doigts du Dr T.). Et cependant, peu à peu, Philippe Decouflé modula le lieu et diffusa une atmosphère favorable à la vivacité, l'élasticité de l'esprit, pour lui, pour le spectateur. Il déroula avec des moyens simples, des moyens de danseur assis (on ne se méfie pas assez des danseurs) une co-présence.

Au début de l'entretien, il esquiva les premières questions, peut-être trop générales à son goût : surprises feintes, silences, interjections, grimaces furent les traits de cette esquive. Le climat changea. Et Decouflé parla. Il s'exprima avec légèreté et précision sur son travail, sa relation entre ses chorégraphies et les images, sa mémoire du cinéma. Ce qu'il a vu, quels effets pour ses créations ? Comment placer la caméra ? Ce n'est pas un souci technique mais artistique : le geste d'ouvrir dans l'image des perspectives temporelles. Le cinéma apporte un gain à la danse selon Philippe Decouflé : la multiplication des points de vue. Ozu représente pour lui une "école calme" avec sa singularité, situer la caméra au sol, bonne façon pour filmer les corps.

Et dans le cours de la soirée apparut non pas un portrait d'artiste mais la réserve d'un imaginaire concret. Non pas une boîte à rêve mais une boîte à images. Ozu, mais aussi Fred Astaire, mais aussi le surprenant film de Roy Rowland Les 5000 doigts du Dr T. En regard des extraits de Mariage royal, de Tous en scène, il souligna certains traits de la danse de Fred Astaire. Il commenta la fameuse séquence de Tous en scène où Astaire et Cyd Charisse marche côte à côte en silence dans le décor de Central Park. Insensiblement ils passent de la marche à la danse. Mais ce passage du mouvement quotidien à la danse existe dans tous les films de Fred Astaire. Astaire prend une cigarette, tourne autour d’une table, s'assoie, se lève et sans transition il glisse dans ses déplacements une modulation. Le geste quotidien échappe imperceptiblement à sa routine, entre en suspension, fond dans la danse. Fondu à la danse.

Decouflé a beaucoup appris d'Astaire. La manière de Decouflé, mine de rien, de lever un espace public le 25 janvier le montre. "C'est rigolo" est une de ses expressions favorites. Avec lui on rigole avec esprit, avec profit. L'extrait des 5000 doigts du Dr T. fut à cet égard saisissant. C'est un film qui mélange fantaisie et étrangeté, une étrangeté qui pourrait devenir inquiétante avec notamment l'excroissance des costumes. Le petit garçon est coiffé d'un callot surmonté en guise de bouquet d'une main aux doigts écartés. Les costumes de ce film sont à la fois luxuriants et d'une précision coupante (voir la coiffe-chapeau de Carmen Miranda, le Tutti frutti). Un costume peut être une idée chorégraphique, cinématographique.

Ce gai savoir fut ponctué au fil de la soirée par l'intervention de jeunes étudiants du Louvre qui en couple jetèrent un bref éclairage sur les artisans de la comédie musicale. C'est une heureuse initiative du Louvre : ouvrir des portes à la jeunesse pour qu'elle nous ouvre plus tard quelques portes. Laurent Valière et Ali Rebeihi ont joué le jeu du danseur, l'un avec son érudition joyeuse, l'autre avec son esprit primesautier.

Bernard Rémy

Philippe Decouflé présentera Solo les 3, 4, 5 février au Théâtre des Gémeaux à Sceaux. 

Culture G présentera le 22 février à l'auditorium du Louvre Le culte du corps dans l'Antiquité, avec Ludovic Laugier du musée du Louvre, suivi de la projection de Spartacus Stanley Kubrick.

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