Seconde soirée des Plateaux 2018 à la Briqueterie

Trois pièces pour trois univers très différents : Memoir for Rivers and the Dictator de Lilian Steiner, Forecasting de Giuseppe Chico et Barbara Matijević et Wreck de Pietro Marullo.

Pour la seconde soirée de la 26ème édition des Plateaux de la Briqueterie, Daniel Favier a invité des artistes internationaux qui manient l’angoisse, l’humour et la magie avec dextérité.

De Melbourne, Lilan Steiner utilise l’intelligence inhérente au corps comme outil principal pour créer des expériences visuelles, sonores et kinesthésiques avec Memoir for Rivers and the Dictator. Sous des lumières vertes et vêtus d’une combinaison argentée, la danseuse et chorégraphe accompagnée par Reuben Lewis à la trompette, évolue dans une danse qui développe tous les sens de l’anatomie. Du bout des doigts à la pointe des pieds, elle glisse, tourne et se déplace avec une grâce exquise.

Galerie photo © Laurent Philippe

Les sons futuristes ajoutés à ceux de l’instrument de musique créent une ambiance de plus en plus angoissante. Ainsi, de minute en minute, les mouvements deviennent plus personnels, plus combattifs, plus éloquents. Lilian énonce un texte en anglais qui parle de l’être humain. « Chacun de nous est le paysage, le dictateur, le public. Nous sommes le temps et l’intemporel… ». Elle stoppe net son discours, la lumière est rouge vif, le trompettiste s’écroule au sol. Elle tombe aussi quelques secondes plus tard. Mort ? Prise de conscience d’une vie trop difficile à accepter ? En vingt minutes, Lilian Steiner sait nous transporter dans un monde intérieur.

Ambiance totalement différente avec Forecasting de Giuseppe Chico et Barbara Matijević qui basent leur pièce sur un recueil de vidéos amateurs puisées sur Youtube. Au centre du studio trône un ordinateur.

Galerie photo © Laurent Philippe

Intervient Charlotte Le May qui se lance dans une pléiade de séquences toutes plus hilarantes les unes que les autres. De vidéos totalement stupides entre : comment faire la boucle d’un lacet, réaliser une crème chantilly, se faire lécher toute la barbe du visage par son chien, des rituels SM…, elle pose ses mains ou son visage de telle façon derrière ou à coté de l’ordinateur faisant ainsi croire qu’elle manie et dirige absolument tout. Que c’est elle qui tire au pistolet, qui explique à quoi ressemble un vibromasseur, qui lèche des doigts de pied aux ongles rouges… C’est non seulement extrêmement bien fait et bien étudié, et Charlotte, ravissante avec son regard ingénu, provoque le rire et rend surtout compte à quel point la bêtise humaine sévit sur ces sites de part le monde entier. Cette performance a reçu le prix spécial du jury au Mess, festival international de Sarajevo en 2016.

Magie, drame et poésie ensuite avec Wreck de Pietro Marullo. Une énorme masse noire se déplace sur tout le plateau avec une infinie légèreté. Elle ressemble à une vague géante et fait songer à l’univers de Philippe Genty.

Lors de différentes évolutions, elle dépose une femme nue statique en position sculpturale qui est immédiatement dévorée par cet étrange objet. Ayant la forme d’un immense oreiller, la marionnette poursuit son évolution en crachant des groupes de femmes dont le visage exprime un cri d’horreur et qui disparaissent tout aussi promptement. Les sons et les différentes couleurs donnent vie à cette chose qui respire, se déploie, glisse, s’envole sur le public.

Puis les six interprètes se déploient pour vaincre la peur et anéantir ce monstre. Elles parviennent à l’ouvrir et il se dégonfle enfin. Mais c’est sans songer qu’un autre danger s’approche lentement afin de les exterminer.

Galerie photo © Laurent Philippe

Esthétiquement splendide, cette pièce parle ouvertement des migrants perdus en pleine mer sur des bateaux de fortune prêts à couler. On pense à la folie de notre monde qui refuse l’accès de ses côtes à ces hommes, ces femmes et enfants qui fuient l’horreur.

Ce projet, actuellement en tournée dans le monde entier, a été sélectionné par le réseau Aerowaves Europe, l’Arte Laguna prize et Danse Elargie.

Sophie Lesort

Spectacles vus à la Briqueterie le 27 septembre 2017

Memoir for Rivers and the Dictator :  chorégraphie : Lilian Steiner

Interprètes : Lilian Steiner & Reuben Lewis
Son : Marco Cher-Gibard & Reuben Lewis
Lumières : Jennifer Hector
Forecasting : conception Giuseppe Chico et Barbara Matijević
Interprétation : Charlotte Le May

En tournée : le 12/10 Festival C'est comme ça ! / CDC L'échangeur - Château-Thierry

Wreck : conception, mise en scène et chorégraphie : Pietro Marullo

Danseurs : Helena Araujo, Paola Di Bella,  Paola Madrid, Noèmi Knecht, Adrien Desbons, Anaïs van Eyecken
Manipulateurs : Adrien Desbons et Noèmi Knecht
Création et régie sonore : Jean-Noel Boissé
Création et régie Lumière : Julie Petite-Etienne
Scénographie et costumes : Pietro Marullo et Bertrand Nodet

En tournée en France, les 12 et 13.10.2018 – FAB Festival - Bordeaux

La Briqueterie

 

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