Seconde Biennale des Arts du Cirque de Marseille

La Biac c’est soixante compagnies invitées, quarante-cinq lieux culturels dispersés sur vingt-neuf villes et le village de cinq chapiteaux installé sur la plage du Prado.

Pionnier du renouveau du cirque, Archaos a toujours écrit l’impossible. Avec les artistes au cœur de ses préoccupations, il soutient la création, la recherche et l’innovation. Fondée en 1986 et installée à Marseille depuis 2001, Archaos reçoit le label pôle national cirque Méditerranée en 2012. Raquel Rache de Andrade et Guy Carrara créent en 2015 la biennale internationale des arts du cirque.

Et c’est avec passion que les deux directeurs de cet événement incontournable de la Cité Phocéenne racontent comment leur rêve a pu devenir réalité grâce à tant d’années d’expérience. « Accompagnés par les quarante-cinq lieux culturels de la Région qui sont partenaires de cette édition, nous avons fait le pari d’installer le cirque et toutes les disciplines qui s’y rattachent au rang d’art majeur, innovant et grand public. Pour y parvenir nous sommes au plus près de la création en permettant à de jeunes talents de s’exprimer aux côtés d’artistes confirmés. »

C’est aussi grâce au partenariat de la Fondation BNP Paribas que ce festival a pu voir le jour. En apportant cette année cent-vingt mille euros elle soutient dans cette édition des artistes tels que Yoann Bourgeois, le Groupe acrobatique de Tanger et Tatiana Mosio-Bongonga. Ainsi, la programmation a pu s’étoffer et intéresser cette saison quelques cinq cent programmateurs qui viennent du monde entier pour découvrir des artistes créatifs parmi les soixante compagnies invitées.

L’objectif de Raquel Rache de Andrade et de Guy Carrara est de proposer un cirque ouvert sur le monde pour une Biennale qui pose la mise en partage de la création comme un enjeu démocratique et participatif avec la mise en place d’actions artistiques et d’ateliers pour favoriser la pratique du cirque pour tous. Ainsi, des ateliers font découvrir l’univers du cirque contemporain, des stages pour enfants d’acrobatie clownesques, de cascades et de cinéma et des actions artistiques et éducatives qui se déroulent tout au long de l’année.

Outre ces initiatives, des installations atypiques de Johann Le Guillerm sont exposées à la Friche La belle de mai. Son univers imaginaire(s) à visiter, à voir et à toucher est passionnant tant ses recherches et ses explorations vont du minimalisme au plus grand. Les imperceptibles avec des machines mues par des énergies totalement naturelles qui les font avancer millimètre par millimètre. Les Imagninographes, soit un protocole du regard qui remet en cause les savoirs académiques, d’autres manières de penser, pose les problèmes et démontre les choses A+B et permet de réinterroger nos propres positions en regardant et en testant. Enfin sa fameuse motte qui est une immense planète futuriste conçue toute en arrêtes herbues qui est en révolution permanente et dont le mouvement plus ou moins rapide laisse toujours les mêmes dessins au sol. Raconter tout cela semble quelque peu difficile à comprendre, mais une fois devant toutes les œuvres de Johann, il est nettement plus aisé d’appréhender et de pénétrer au sein de ses douces folies qui sont d’une logique implacable.

On retrouve le lien entre ses quelques inventions dans son spectacle Secret (temps 2) joué sous chapiteau. Torse nu et revêtu d’un haut pantalon en cuir il prouve à nouveau que la piste est son laboratoire où il expérimente de nouvelles lois pour mettre de l’ordre dans le tumulte du monde et en perturber les évidences supposées.

Entre une structure faite de lamelles en bois qui s’engrangent les unes dans les autres et qu’il chevauche de façon majestueuse en équilibre précaire et cette sorte d’escargot dans lequel il est installé puis qu’il déplace suivant ses envies, Johann le Guillerm réinvente l’origine de la matière. Puis, une multitude de longues barres toujours en bois sont disséminées sur le sol. Minutieusement, il construit de grands édifices problématiques qui, grâce à un savant enchevêtrement, lui permettent de monter dessus. On tremble tant il suffit qu’une barre glisse pour qu’il tombe et se blesse. Une pièce splendide empreinte de dignité, de poésie, d’infinie pureté et d’inventions propres à son univers très esthétique qui tétanise, subjugue et enrôle le public dans un monde onirique.

A midi devant l’opéra la funambule Tatiana-Mosio Bongonga se lance dans Traversée. Souriante, lumineuse et d’une incroyable beauté, la jeune femme goûte son temps sur ce fil qui semble être plus stable pour elle que la terre ferme. Elle danse sur les chants en live de Pascale Valenta et déjoue les lois de l’équilibre avec un raffinement hors du commun. Puis, une fois arrivée au bout de son parcours, la construction s’écroule comme si rien n’avait jamais existé, comme si le public avait tout simplement rêvé. Cette scénographie très inventive apporte une grâce supplémentaire à la qualité de cette pièce signée par la compagnie Basinga.

Création aussi avec Sous la toile de Jheronimus des Colporteurs présentée sous chapiteau. Inspiré du Jardin des délices de Jérôme Bosch, Antoine Rigot en collaboration avec Alice Ronfard signe une pièce étrange et totalement foutraque qui oscille entre poésie, humour grotesque et haute voltige. Construite en cinq mouvements : la création du monde, la rencontre de l’homme et de la femme, la connaissance et la volupté, la conscience et l’aveuglement et la fin du cycle, mystère de l’avenir, cette œuvre aux costumes incroyables est interprétée par six circassiens qui maitrisent plusieurs talents donc donnent le sentiment d’être bien plus nombreux. Entre funambule, trapézistes, contorsionnistes, portées et d’autres arts inhérents au cirque le tout est porté par une musique formidable jouée en live, des accessoires de décors délirants et un rythme effréné.

On en prend plein les yeux. Les grands et les petits sont subjugués par tant d’idées de mise en scène, qui, sont malheureusement parfois quelque peu trop nombreuses et font un peu perdre le sens de cet opus. Toujours est-il qu’il s’agit d’une fresque euphorique et cauchemardesque digne des plus grands spectacles de cirque.

Raquel Rache de Andrade et Guy Carrara ne sont pas en manque d’idées pour la 3èmebiennale. Ils rêvent conjointement de mille projets qu’ils espèrent pouvoir réaliser. Cette seconde édition ayant remporté un succès fou on ne peut que souhaiter que leurs ambitions seront à la mesure de leurs talents de programmateur.

Sophie Lesort

Spectacles vus à la BIAC de Marseille les 1er et 2 février

 

BIAC, jusqu'au 19 février

Johann Le Guillerm sera programmé avec une création Le pas grand-chose du 21 mars au 1er avril au Montfort (Paris) et du 4 au 8 avril au Volcan (Le Havre)

Sous la toile de Jheronimus Conception, mise en scène, dramaturgie et scénographie : Antoine Rigot en collaboration avec Alice Ronfard

Conseil artistique : Agathe Olivier

Assistante à la mise en scène : June Claire Baury

Artistes de cirque : Orianne Bernard, Gilles Charles Messance, Anatole Couëty, Julien Lambert, Lisa Lou Oedegaard, Agathe Olivier

Artistes musiciens : Antoine Berland, Coline Rigot

En tournée : 18 au 20 mai à Châlons en Champagne,  15 au 17 juin à Verdun, 30 juin au 2 juillet à Maubeuge,

 

 

 

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