Saburo Teshigawara parle de « Sleeping Water », création mondiale

Le chorégraphe japonais s’exprime au sujet de sa création Sleeping Water au Théâtre des Salins de Martigues.

Danser Canal Historique : Sleeping Water rebondit sur Sleep, créé en 2014 avec une guest star très particulière, à savoir Aurélie Dupont, aujourd‘hui à la tête du Ballet de l’Opéra de Paris. Comment s’articulent ces deux pièces ?

Saburo Teshigawara : En effet, Sleep a été créé à Tokyo en 2014 avec Aurélie Dupont. Sleeping Water, créé en première mondiale au Théâtre des Salins à Martigues, explore d’autres types de mouvement et une autre approche artistique. C’est vraiment un nouveau travail.

DCH : Le titre évolue, au point de changer le focus. Le sujet devient adjectif. Au sommeil vous ajoutez l’eau, élément omniprésent dans un pays insulaire comme le Japon.

Saburo Teshigawara : L’eau est une source de la vie. Elle paraît très calme, mais possède une force incroyable. Il y a la surface et ce que la surface nous cache. L’eau est en constante transformation. Quand vous essayez de la retenir, elle vous  file entre les doigts comme la vie elle-même.

DCH : Le titre évoque le sommeil et j’avais l’impression de voir pas mal de cauchemars.

Saburo Teshigawara : Pour moi, le sommeil et l’eau évoquent la paix. Mais cette paix est à risques. Je n’ai pas confiance en elle et je doute de cette sécurité à tout moment. Les cauchemars que la pièce peut évoquer sont autant de rêves éveillés. Le sommeil est plus que la seule activité de dormir. C’est une source de protéines. Le sommeil peut arriver pendant  qu’on attend son train, par exemple.

DCH : Les ambiances très agitées de certains tableaux peuvent même évoquer la force du tsunami !

Saburo Teshigawara : De toute façon, on ne peut vivre sous l’eau. Pour l’homme, elle est un territoire opposé. Mais je ne peux exclure que l’expérience du tsunami m’a influencé. C’est une image à la fois terrifiante et poétique. J’ai ressenti une énorme fragilité et me suis senti envahi, dépassé. Le tsunami est quelque chose qui défie toute imagination. Cette vague  qui vous dépasse de 10 ou 20 mètres! C’est extrêmement effrayant. En même temps, la nature, c’est aussi ça. L’humain, lui, est si egocentrique! Il se plaint sans cesse de la météo, alors que la météo s’exprime depuis des millions d’années…

DCH : Sleeping Waters peut évoquer un cycle de vie, mais aussi un cycle de sommeil. Serions-nous au cœur du sommeil paradoxal ?

Saburo Teshigawara : Dans mes pièces j’aime me piéger dans des contradictions et des paradoxes. Ils sont nécessaires à la vie. J’aime ce qui s’évapore ou flotte dans l’air et disparaît ou se transforme en poussière. J’aime ce genre de phénomènes. Ils incarnent l’incertitude du temps. Car en vérité le temps n’est pas quantifiable.

DCH : Vous êtes sans doute le chorégraphe le plus prolifique de la planète, comme si vous saviez étendre le temps. La création de Sleeping Water sera suivie de celle de Flexible Silence à Chaillot, le 23 février.

Saburo Teshigawara : Le fait d’avoir mon propre petit théâtre à Tokyo me donne beaucoup de liberté et me permet de créer beaucoup de pièces. Tous les mois, si je veux (rires). Dans ma tête je travaille toujours sur plusieurs pièces à la fois, actuellement même sur cinq, voire six, y inclus les créations avec Karas Apparatus, ma structure de recherche avec laquelle nous avons déjà produit un Hamlet sans paroles, des opéras comme Pelléas et Mélisande ou Tristan et Yseult, ou bien des pièces incluant du texte, basées sur l’œuvre de l’écrivain Bruno Schulz. Tout en attendant ma prochaine création pour le Ballet de l’Opéra de Paris…

Propos recueillis par Thomas Hahn

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