« Rush » d’Ashley Chen

Une course fraternelle et fort sympathique.

Alors qu’Ashley Chen et Julien Monty sont assis de part et d’autre du plateau de l’Atelier de Paris, Rush, d’Ashley Chen débute avec le deuxième mouvement du concerto pour piano n°21 de Mozart diffusé par trois enceintes installées sur scène.

Puis les deux hommes se lèvent, se regardent et commencent à courir dans tous les sens. Une course qui devient de plus en plus rapide tout en contournant les haut-parleurs d’où sortent des notes très rock de quelques secondes de plusieurs groupes qu’il est impossible d’identifier.

Ces corps en perpétuel mouvement commencent à souffrir. Alors, les deux hommes se regardent et s’octroient une pause pour reprendre leurs souffles. On ressent une réelle amitié entre eux, un profond respect et une complicité que rien ne pourrait briser.

Mais la course reprend de façon plus véloce, plus effrénée. Ils se croisent, se suivent, se bousculent… Où vont-ils ? Que cherchent-ils à prouver ? Est-ce un entrainement, le reflet d’une journée à courir tout le temps afin d’arriver à l’heure, ou les flux migratoires ?

Toujours aller de l’avant, tenir bon et surtout ne pas fléchir malgré l’épuisement sont les leitmotivs évoqués par Ashley et Julien qui incarnent plusieurs situations sans pour autant donner d’explication. C’est justement toute la qualité de cette pièce qui laisse à chacun le choix des réponses.

Sentant l’autre épuisé, son partenaire lui donne une légère impulsion dans le dos, l’un s’écroule et l’autre le suit au sol où se déploient des glissements des corps tout aussi éreintants que ce marathon. Ils se relèvent, poursuivent ce sprint ponctué par des sauts et quelques pas de danse. Rien ne pourra les arrêter.

Le public partage ces épisodes car les deux interprètes n’hésitent pas à le regarder droit dans les yeux. Nous sommes captivés par cet intense et étrange va-et-vient qui devient ludique lorsqu’ils cherchent, tout en se poursuivant, qui est l’interprète de telle ou telle chanson toujours aussi rapidement diffusée : ACDC, Hendrix, Bowie, Dylan, Led Zep,  Joplin, Jerry Lee Lewis, les Stones ? Puis dramatique, lorsque les essoufflements couvrent la musique, que l’on discerne les trop rapides battements du cœur, que les jambes commencent à flageoler.

Mais ils sont jeunes et dynamiques et doivent à tout prix atteindre leur but. Alors, ils accélèrent l’allure et, bien qu’assis sur nos sièges, nous vivons aussi cet assaut final.

Rush, ne ressemble pas à ces pièces qui font songer au film de Pollack « On achève bien les chevaux », parce qu’il n’y pas une once de misérabilisme. Elle ne ressemble pas non plus à ces ouvrages que l’on voit de plus en plus souvent où les mouvements de pas continuellement identiques s’accélèrent jusqu'à l’épuisement.

Remarquablement bien interprété, ce dernier opus si sympathique d’Ashley Chen déborde de générosité, d’humour, d’éloquence du geste et de multiples intentions. (lire notre interview)

Sophie Lesort

Spectacle vu à l’Atelier de Paris le 1er février 2019

Rush : Conception et chorégraphie : Ashley Chen

Interprétation : Ashley Chen, Julien Monty

Direction musicale : Pierre Le Bourgeois/ Animaux Vivants

Création lumières : Eric Wurtz

Compagnie : Kashyl

Whack : chorégraphie d’Ashley Chen - le 24 mars, Champigny-sur-Marne, 20e Biennale de Danse du Val-de-Marne

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