« Réversible » de Bouziane Bouteldja au CDC Les Hivernales

La religion passe par le corps. Elle le combat, le soumet, le transpose ou le prive. Elle lui passe dessus. « Réversible parle des tabous, des religions, des interdits, de cette oppression, de ces vieilles traditions qui créent un environnement propice aux frustrations, aux violences morales, physiques et sexuelles ainsi qu'aux dérives extrêmes. » Bouteldja trouve donc des mots assez francs pour annoncer, en prologue, vers quels territoires il compte nous embarquer.

Après avoir enthousiasmé avec Altérité , quintet basé sur des expériences réelles face à la vie, Bouteldja ouvre ici des portes plus personnelles encore. Mais malgré une gestuelle précise et pointue, la proposition chorégraphique reste floue. D'abord tranchant et mécanique, elle passe à des instants plus animaliers de grande beauté. Rampant au sol, le corps toujours en force, Bouteldja rappelle la plastique et l'énergie d'un Ko Murobushi.

La danse de Bouteldja est parfaitement réversible et laisse derrière elle tous les territoires chorégraphiques balisés. Mais elle ne sait pas encore vers où s'engager, à l'instar de cette vidéo assez longue en noir et blanc, tournée dans une rue arabe, sans qu'on puisse distinguer s'il y a là un lien avec la Révolution du Jasmin ou s'il s'agit d'une soirée ordinaire dans une rue sans histoires. Mais le problème principal est autre.

Quand la danse évoque frustrations corporelles et psychiques, le poids de la religion et autres désarrois, l'interprétation peine à jeter des ponts vers la salle. Le personnage de Réversible traverse sa pièce comme dans une bulle. Et l'impression d'un quatrième mur infranchissable ne pousse pas sur l'attente d'une communication à chaud avec la salle, comme dans une pièce de hip hop. Si chaque tableau chorégraphique est de belle facture, le problème se situe du côté de l'intégration (et ici le terme fait sens). Tableaux chorégraphiques, interprétation, texte et vidéos ne sont pas encore sur une même longueur d'ondes. Dans l'immédiat, c'est dommage. Dans l'absolu, Réversible confirme qu'avec Bouteldja, le hip hop est en train de trouver une forte personnalité, capable de mettre les poings sur les "i" avec un sacré uppercut.

Thomas Hahn

Du 10 au 20 juillet CDC Les Hivernales

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