« Quartet » de Raimund Hoghe à Montpellier Danse

Ça commence effectivement par un quatuor, LE quatuor, celui de La Jeune fille et la Mort de Franz Schubert. Il y a bien aussi les quatre danseurs fétiches de Raimund Hoghe, à savoir Ornella Balestra, Marion Ballester, Emmanuel Eggermont et Takashi Ueno.

Galerie photo : Laurent Philippe

Mais bien sûr, comme toujours chez Raimund Hoghe, ceci n’est que le sujet apparent.  Le sujet réel est ailleurs. Il est peut-être une rêverie sur le temps qui passe, avec son cachet très années 60, brassant des images d’autrefois où apparaissent, dans le désordre, un petit garçon déguisé en Raimund Hoghe qui offre des fleurs à une diva italienne, une femme étrange juchée sur des talons haut qui ressemble à Raimund Hoghe et traverse la scène, d’étranges processions, le fantôme de Liza Minelli, un « entertainer » américain, qui se prend pour Raimund Hoghe…

Galerie photo : Laurent Philippe

Plus sérieusement, ce Quartet qui rassemble en fait sept interprètes (en comptant Raimund, Luca Giacomo Schulte et Yuta Ishikawa qui s’ajoutent aux quatre déjà cités), est une sorte d’hommage aux danseurs, à la danse et à Liza Minelli. On se promène dans l’univers de Raimund Hoghe qui nous entraîne d’un Twist endiablé où brillent Ornella Balestra et Yuta Ishikawa à Que rica son las papas de Rita Pavone avec Ornella Balestra. Il nous plonge ensuite dans la Sarabande d’Haendel suivi d’Elly Ameling dans Peer Gynt de Grieg incarné cette fois par un solo de Marion Ballester. Des chansons populaires japonaises donnent lieu à une danse en file – petit clin d’œil au passé de Raimund dramaturge de Pina Bausch.

Galerie photo : Laurent Philippe

La danse élégante et épurée d’Emmanuel Eggermont s’allie au timbre raffiné de Fritz Wünderlich tandis que Takashi Ueno s’espagnolise sur La Paloma de Victoria de Los Angeles. À une danse très intimiste soutenue par Joan Sutherland et Ornella Balestra, succèdera plus tard Stivaletti Rossi chanté par Dalida ou Ornella et Marion se livrent à un duo comique. À un magnifique solo de Marion Ballester sur Liza Minelli, répond un solo tout aussi exceptionnel d’Emmanuel Eggermont sur Marianne Faithfull…

Vidéo d’Eric Legay

Le lien entre tout ça ? Le génie de Raimund Hoghe, qui arrive à unir cette succession de tableaux et en faire une pièce majeure, sans doute moins nostalgique que Si je meurs laissez le balcon ouvert, créée également pour Montpellier Danse, mais tout aussi poignante. Il y a dans ce Quartet une vraie dimension cinématographique qui tient aux personnalités présentes sur la scène et à leurs mouvements singuliers.

Galerie photo : Laurent Philippe

Malgré les touches d’humour ici et là, le fond reste néanmoins sombre. Comme un poème qui s’obtiendrait par une sorte de décantation, de soutirage d’émotions enfouies depuis longtemps. Raimund Hoghe créé le vide approprié pour cela. Il affirme que les choses n’ont pas changé, mais par une opération mystérieuse, leur matérialité, leur actualité ont été dissoutes au profit d’une espèce de suspension. Il n’y a plus alors, entre ces choses, que cette convention tacite, cette secrète intelligence qui fait ressortir l’ineffable du sentiment. C’est simplement beau.
Agnès Izrine
1er juillet 2015 - Montpellier Danse, Théâtre de Grammont.

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