« Puppets » de Paula Rosolen

Après avoir remporté Danse élargie en 2014 avec Aerobics!, Paula Rosolen  a présenté une étonnante étude chorégraphique sur les enjeux gestuels de la marionnette.

Puppets révèle ce que masques et tissus cachent au public dans une représentation de théâtre de danse javanais traditionnel. On voit ici comment deux acteurs, l’un accroché derrière l’autre, forment ensemble un lion. On voit un geste rapide et formel, utilisé dans la manipulation, exécuté par cinq danseurs, en cercle et en unisson. Et tant d’autres...

La nouvelle création de Paula Rosolen puise son vocabulaire gestuel et chorégraphique dans l’univers de la marionnette. Le théâtre dansé tombe le masque et on pourrait parler d’apocalypse, au sens originel du terme : lever le voile. Puppets commence tel un rituel secret et nocturne, dans une épure toute formelle, pour glisser progressivement vers l’interaction et l’incarnation, vers des scènes de combat, vers la danse du lion, des sauts, des portés ou autres scènes où se confondent marionnettistes et personnages. 

Puppets n’est ni un spectacle de marionnettes ni sur la marionnette. En même temps, nous sommes loin de la danse au sens orthodoxe. Rosolen réussit ici beaucoup de choses. L’exploit le plus surprenant est de ne pas se référer à l’incontournable allégorie Sur le théâtre de marionnettes de Kleist.

La chorégraphe de Francfort élargit le regard et affirme que l’idéal de la marionnette, avec sa légèreté et sa perfection du mouvement, traverse la création chorégraphique dans les cultures les plus diverses, de la danse traditionnelle javanaise au ballet occidental, en passant par le Japon et l’Argentine, pays natal de Rosolen.

C’est en partant de considérations sur l’influence de la marionnette sur les imaginaires chorégraphiques divers et variés que Rosolen s’est lancée dans les recherches qui l’ont menée vers Puppets. Au premier tableau, la rigueur répétitive d’un seul mouvement des deux mains rappelle la façon d’Alessandro Schiarroni de disséquer un vocabulaire traditionnel pour le recomposer dans l’abstraction, ou encore Pascale Houbin qui trouve la danse dans les gestes manuels de toutes sortes de métiers, au sein de son projet Aujourd’hui à deux mains.

Puppets reprend les gestes du marionnettiste, gestes qui s’adressent à l’objet pour l’animer. Mais ici les cinq mimes les offrent directement au public, sans fard et sans intermédiaire. Si la marionnette est ici absente, elle n’est pourtant pas tout à fait invisible.

Dans un spectacle de marionnettes, le marionnettiste transfère sa vitalité sur l’objet. Ici, le formel est traversé par le vivant et l’énergie du personnage (représenté par a marionnette) finit par investir les corps des danseurs : La marionnette semble être présente, et le drame se dérouler sous nos yeux. Rosolen qui cherche, comme Schiarroni ou Houbin, beaucoup de son matériau chorégraphique et gestuel en marge de la danse, se fait ici également illusionniste.

Thomas Hahn

Spectacle vu le 22 septembre 2017 au Théâtre des Abbesses

Puppets

concept & chorégraphie : Paula Rosolen
conseiller artistique & recherche : J. M. Fiebelkorn
composition musicale : David Morrow
vièle à roue : Knud Seckel
lumières et direction technique : Lea Schneidermann
costumes : Takako Senda, Anika Alischewski
directeur des répétitions : Atsushi Heki
assistant chorégraphique :: Christopher Matthews

Avec : Alina Bilokon, Émilia Giudicelli, Atsushi Heki, Pei Ern Lim, Andrea Rama

Site compagnie : http://haptic-hide.com

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