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A propos de « Nous, la danse », entretien avec Julie Charrier

Nous la danse de Julie Charrier et Yvan Schreck sera diffusé sur notre plateforme de danse du lundi 14 au lundi 21 février. 

Nous avions rencontré Julie Charrier à la fin des années 2000, lorsque elle travaillait avec Charles Picq au projet de site en ligne numeridanse.tv, cherchant notamment les sources des films de danse. Danseuse, formée à la méthode Irène Popard, passée par le CNDC, elle réalise et produit de nombreux films. Elle revient sur le documentaire Nous, la danse coréalisé en 2019 avec Yvan Schreck.

Danser Canal Historique : Pouvez-vous nous dire un mot sur vos films ?

Julie Charrier : J’ai récemment invité 9 chorégraphes à venir danser sur le pont d'Avignon et un réalisateur Jean-Dominique Ferrucci à les filmer sous forme d'une série de 9 courts-métrages "Sur le Pont d'Avignon" actuellement en ligne sur Arteconcert. J'ai également réalisé des courts métrages qui sont sur numeridanse.tv. Notamment un sur une amie, danseuse, qui était enceinte, Sandra Valentini et dont nous voulions voir, mois après mois, ce que le corps changeant apportait à la danse. Ce film s’appelle Elle s’habille comme une fleur (2003).

DCH : Cela fait penser à Rocío Molina qui a fait un spectacle avec sa mère, Lola Cruz, que nous avons vu en 2018 à Chaillot et qui pouvait donner l’impression que la bailaora voulait accoucher sur scène…

Julie Charrier : Oui. J’ai vu ce spectacle.

DCH : Plus récemment, cette année, à Nîmes, une jeune femme, Yinka Esi Graves, s’est produite sur scène étant enceinte dans une performance intitulée The Disappearing Act.

Julie Charrier : Dans mon film, l’idée était de montrer en quelques minutes comment la danse évolue au fil de la grossesse. Pour Zyeux Printemps (2009) et Zyeux hiver(2009) j’ai développé une performance qui cherchait à montrer ce que voit le danseur en dansant et ce que le mouvement lui-même peut produire en termes d’image. Mon propos depuis toujours est la danse et l’image. J'ai été en « danse études » à Avignon durant le collège et le lycée puis au CNDC d’Angers à l’époque de Nadia Croquet et Philippe Cohen où j’ai participé à de nombreux ateliers de son, de réalisation de bandes son pour le spectacle, et de vidéo. C’était alors très pluridisciplinaire. Par la suite, j’ai arrêté la danse en tant qu’interprète mais, en fait, je l’ai servie toute ma vie. Je me suis inscrite en fac de cinéma en écrivant une lettre de motivation autour des videodanses. J’ai beaucoup œuvré dans la production de films et contenus numériques autour de la danse et j’ai travaillé avec Charles Picq sur la mémoire et les archives  de la danse. Nous avons fait une grande enquête sur cette question pour la Délégation à la danse en 2009. Et j’ai travaillé ensuite pendant sept ans avec l’ACCN pour coordonner la numérisation des archives de la danse qui ont convergé vers numeridanse. J’ai réalisé des thémas ou des webdocs pour numeridanse et la plateforme www.30ansdanse.fr qui raconte 30 ans de danse en France.

DCH : Qu’est-ce qui vous a amenée à coréaliser le documentaire célébrant le 40anniversaire du CNDC ?

Julie Charrier : En 2009,vingt ans après avoir été élève, je reviens au CNDC pour m’occuper de la numérisation des archives. Cela a pris quatre ans. Cela a été très long. En juin 2017, le CNDC nous demande, à Farid Rezkallah (directeur de la maison de production 24 images située en Pays de la Loire) et à moi de penser à un documentaire qui célébrerait les quarante ans de l’institution et également de capter le spectacle de sortie d’études des jeunes danseurs. Le sujet et le lieu m’ont convaincue de réaliser ce film avec Yvan Schreck que je ne connaissais pas mais dont j'aimais beaucoup les films.
 

DCH : Comment vous êtes-vous réparti  les tâches, Yvan Schreck et vous ?

Julie Charrier : Yvan a un sens du cadre absolu et un rapport très fin à la musique et au rythme du montage. Nous nous sommes tout simplement très bien entendus. Moi, j’amenais toute ma connaissance de la danse et de l’histoire du CNDC ; j’ai tout de suite pensé qu'il fallait absolument qu’on tourne au studio Bodinier. Nous ne voulions pas faire un film d’archives poussiéreux mais rappeler que, depuis quarante ans, il y a de jeunes vingtenaires qui viennent développer un savoir de la danse aussi bien pratique que théorique et qui décident ou pas de se dédier à la danse en passant par ce portail du CNDC qui, où qu'il mène, transformera la vie du danseur.

DCH : Il y a peu d’archives dans le film…

Julie Charrier :Très peu. Au début surtout, nous les avons mises en scène en les projetant aux étudiants sur les murs du studio Bodinier et même parfois sur leurs corps, comme des strates de l'histoire de la danse, les traces des générations passées, qui sont là inscrites dans les corps et dans les murs.

DCH : On les voit à peine.

Julie Charrier : Nous voulions faire un film sur la transmission du sensible et la transmission de la danse par les corps vivants. Comment creuser sa singularité d’artiste en apprenant des maîtres. Cette démarche a été celle de notre film suivant, Nos théâtres (2021) consacré aux étudiants en théâtre de l'Ecole du Théâtre national de Bretagne.
 

DCH : Le film sur l’histoire du CNDC à travers ses archives reste sans doute à faire, malgré les problèmes de droit que cela suppose ?

Julie Charrier : Les archives sont inventoriées, nous avons fait des séances de visionnage avec le pianiste du CNDC, Dominique Lofficial, qui a vu passer des générations de danseurs, ce qui a permis d’identifier nombre d’ayants droit. Reste que l’histoire de la danse, malgré les films, malgré les notations, reste une question de transmission orale de corps à corps. La danse est un art éminemment malléable, jamais figé. Même pour les pièces de répertoire, les corps et les techniques qui évoluent avec leur époque transforment les formes.

Propos recueillis par Nicolas Villodre, le 9 février 2022.

Réalisation : Julie Charrier et Yvan Schreck
Production : 24 images

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