Philippe Ménard : Danser l’horizon

Dans le cadre du festival Art-Danse, Philippe Ménard crée Horizon, le 31 janvier 2017 au Théâtre-Scène nationale de Mâcon. Interview.

Danser Canal Historique : Une pièce qui s’appelle Horizon ne peut pas ne pas évoquer l’horizon. Comment l’abordez-vous ? Que représente la ligne d’horizon pour vous ?

Philippe Ménard : Pour moi, la ligne d’horizon porte des choses paradoxales et fondamentales. Elle borne l’espace et nous permet de nous ancrer, de nous positionner. En même temps elle ouvre sur l’infini, le possible et le fantasme. Elle m’assigne ma petite place dans l’univers et me permet de relativiser les choses, de me mettre en mouvement sans me perdre et en même temps de continuer à chercher le vertige. C’est ce paradoxe, cette recherche d’équilibre qui a été le point de départ pour Horizon. Après, l’horizon en tant que tel nous renvoie aussi à l’inconnu, à quelque chose de métaphysique et in fine à notre mort à venir.

DCH : Comment traduisez-vous ces réflexions en chorégraphie ? S’agit-il d’une pièce méditative ?

Philippe Ménard : Face à cette ligne paradoxale entre la vie et la mort, entre l’ouverture et la fermeture, j’en suis arrivé à une danse qui cherche à appréhender la respiration, l’oscillation, une vibration, un mouvement de vie, un mouvement commun. Contrairement à mes pièces précédentes, je ne travaille donc pas sur des personnages et il n’y a pas de narration. Nous avons beaucoup travaillé sur la danse au niveau de la colonne vertébrale, et un travail sur la verticalité qui se positionne face à la ligne d’horizon.

DCH : Tout humain voit la ligne d’horizon, au moins ceux qui ont déjà vu un coucher de soleil ailleurs qu’en montagne. Mais cette ligne légèrement courbée est aussi commune à l’univers dans son ensemble.

Philippe Ménard : Par la contemplation de la ligne d’horizon on arrive à ce que Romain Rolland appelle le « sentiment océanique », un sentiment soudain de saisir le monde dans sa globalité, comme un grand tout. Cela s’apparente à la contemplation d’un paysage ou à l’écoute d’une musique. On en arrive à la méditation.

DCH : Une pièce sur le thème de l’horizon demande aussi une réflexion sur l’espace.

Philippe Ménard : Nous essayons de mettre en résonance des espaces internes du corps : La respiration, des espaces organiques et autres, et de les mettre en lien avec l’espace scénique. Comment pouvons-nous, ensemble, modeler cet espace  ? Nous voulons rendre palpable ce rapport magnétique à l’espace. Au bout du compte s’y établit un rapport à notre propre finitude.

DCH : Vous jouez ici sur le double sens du mot espace ?

Philippe Ménard : Pour me redimensionner, j’ai imaginé qu’il y aurait des astres sur le plateau. À la fin de la pièce, des astres, en fait des boules à facettes, descendent des cintres. L’idée est que nous sommes tous des éléments faisant partie d’une constellation. La ligne d’horizon est aussi présente à un moment donné. Nous sommes donc dans un univers assez cosmique, mais aussi dans un clair-obscur qui n’est rien d’autre que la frontière entre la vie et la mort, entre le dedans et le dehors, un endroit où on peut, pendant une fraction de seconde, éprouver ce sentiment océanique et plonger dans le grand-tout.

DCH : L’horizon est la porte vers tous les rêves…

Philippe Ménard : Il faudrait aujourd’hui recréer un horizon collectif, plus primaire et plus sensible, en dehors des religions. Totalement laïque. Nous devrions collectivement nous redimensionner dans notre petite place d’humains sur une petite planète. C’est justement pour ça qu’il n’y a pas de personnages à proprement parler.

DCH : Qui sont les interprètes de ces non-personnages ?

Philippe Ménard : C’est une pièce pour quatre danseurs dont moi-même et la chanteuse jazz Ory Minie, accompagné en live par Grégoire Terrier qui a composé la musique du spectacle.

Propos recueillis par Thomas Hahn

Création : le 31 janvier 2017

Scène Nationale de Mâcon (71)

dans le cadre du Festival Art Danse Bourgogne

 

Conception et chorégraphie : Philippe Ménard

Interprétation : Stéphane Couturas, Céline Débyser, Maï Ishiwata, Ory Minie, Philippe Ménard, Grégoire Terrier

Création musicale : Grégoire Terrier

Scénographie: Philippe Ménard

Lumière : Philippe Ménard, Norbert Richard

Construction et Régie Générale : Norbert Richard

Regard extérieur : Corinne Hadjadj

 

 

 

 

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