Olé !

La troisième Biennale d’art flamenco à Chaillot placera encore une fois Paris au cœur du duende, avec une programmation exceptionnelle.

Vitrine du flamenco d’aujourd’hui, dans toute sa diversité imaginative, la Biennale d’Art Flamenco a pour particularité de passer commande aux plus grands artistes actuels pour des spectacles hors-normes. C’est le cas par exemple du foisonnant D. Quixote d’Andrés Marin qui ouvre le bal (lire notre reportage).

Avec son physique taillé à la serpe, le danseur et chorégraphe a tout pour incarner le héros de Cervantès. Comme lui, c’est un érudit de la tradition qui la dévoie en l’adorant. Il sera accompagné sur la scène de Chaillot par la grande Patricia Guerrero et Abel Harana pour la danse, et des musiciens d’exception.

Il a convoqué le dramaturge et metteur en scène Laurent Berger (lire notre entretien), des illustrations 3D d’El Pinturillas, et la scénographe Oria Puppo pour une création très originale. Mais loin des Don Quichotteries d’usage, Marin en tire un mythe moderne où l’illusion s’épanche dans la réalité et le flamenco s’émancipe en beauté sur la voix sombre de La Tremendita. On retrouvera la chanteuse dans Afectos, une joute unique avec Rocio Molina, artiste associée à Chaillot, danseuse iconoclaste d’une singulière profondeur qui a su renouveler les codes du genre. De même, Simulacrum d’Alan Lucien Øyen, est une pièce au goût étrange venu d’ailleurs qui mixe les âges et les cultures. Le jeune chorégraphe norvégien qui a le vent en poupe, réuni Shôji Kôjima, un maître japonais du flamenco andalou âgé de 77 ans, et Daniel Proietto, parti de son Argentine natale pour la Norvège. Ce dernier, fasciné par les traditions du Japon, est allé  apprendre l’art de l’Onnagata (rôle féminin du Kabuki interprété par des hommes) au sein de l’illustre famille Fujima Kanjuro.

Tout feu, tout flamenco

Dans un genre plus classique, le public découvrira la Première de Nacida Sombra (née ombre), un spectacle éblouissant de Rafaela Carrasco. S’inspirant de quatre figures féminines majeures du Siècle d’Or, à savoir Sainte-Thèrèse d’Avila, Maria de Zayas, Maria Calderon et Sœur Juana Inès de la Cruz, Rafaela Carraso donne toute sa mesure de danseuse et de chorégraphe en explorant la vie de ces artistes éprises de liberté.

Quatre lettres imaginaires écrites en des lieux et des époques différentes, tissent un dialogue entre les voix des quatre femmes. Dans une gestuelle très expressive, Rafaela Carrasco traverse une histoire du flamenco qui dessine par ses volutes et ses poses graphiques de lointaines origines. Nacida Sombra incorpore au flamenco diverses références de la musique populaire de l’époque baroque, telles que la folía, la chacona, le Baile de Marizápalos, la romance ou le villancico.

Espiral de David Coria, chorégraphe et danseur d’exception, choisit quant à lui de travailler le motif de la spirale. Avec Ana Morales, il explore les méandres rythmiques des zappateados, des rondenas, des fandangos, des farrucas, des martinete (chant des forges) entre équilibre et fougue, formes primitives et innovations totales. Une grande partie des chants proviennent de la souche du fandango et sont tous connectés les uns aux autres. Mais au-delà d’une exposition de langages rythmiques et chorégraphiques, c’est une vraie réflexion sur la structure de la danse que mène David Coria.

Le canto ne sera pas en reste, grâce à la Voz del Alba (la voix de l’aube) de Jesus Mendez qui excelle bulierias et soleas, mais plus encore dans les siguiriyas, ces chants graves et mélancoliques, accompagné par Gema Moneo, bailaora prodige du flamenco gitan qui nous a fait à Cadiz une démonstration de son art… sur des talons aiguilles ! Ce ne sera, bien sûr, pas le cas dans le spectacle de Chaillot, mais nous avons été époustouflés par le naturel de son flamenco, inné, intuitif, et virtuose.

Mayte Martin, l’une des cantaoras les plus importantes d’aujourd’hui sera présente également, accompagnée par le guitariste Salvador Gutiérrez. Mais le plaisir ne serait pas total sans le Tablao de José Galvan, dernier grand maître du flamenco et père d’Israël, ainsi que par le truculent Franito de Patrice Thibaud.

Agnès Izrine

Chaillot Théâtre national de la Danse, http://theatre-chaillot.fr/festival-troisieme-biennale-dart-flamenco Du 7 au 25 novembre. Andrés Marin, du 7 au 10 novembre ; Alan Lucien Øyen du 7 au 8 novembre ; José Galván du 10 au 12 novembre ; Mayte Martín le 11 novembre : Jesús Méndez le 12 novembre ; Rafaela Carrasco les 14 et 15 novembre ; David Coria et Ana Morales les 15 et 16 novembre ; Rocio Molina et la Tremendita le 18 novembre ; Patrice Thibaud du 18 au 25 novembre.

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