« Mulïer », ballet de combat sur échasses

A Mimos, une première française par la compagnie Maduixa : Où la danse change d’échelle.

Deux échasses sous les pieds, une longue natte dans le dos. Cinq femmes, en tenue de travail autant qu’en mode guérilla. Et pourtant sensibles, solidaires, sincères. Espagnoles et fulgurantes. Catalanes d’esprit, si ce n’est de corps. Mulïer parle de la femme, de son énergie, de ses aspirations et de ses combats, où que l’on soit dans le monde. Donné en extérieur, ce ballet sur échasses galvanise son public qui suit le spectacle en quadrifrontal, autour d’un carré de 12 x 12 mètres.

Galerie photo © Thomas Hahn

Sur beaucoup de festivals, la dépense physique peut suffire pour séduire. Mais il se trouve que Mimos a formé un public particulièrement affûté en matière de danse-théâtre, mime et autres arts du corps. Si les Maduixa savent embraser ce genre de connaisseurs, c’est que leur propos revendicatif part d’une recherche très poussée sur la gestuelle du quotidien.

Les unissons des mains et des bras suggèrent qu’on se trouve sur une chaîne de montage, mais les gestes et les attitudes peuvent renvoyer à tous les univers où les femmes sont au travail. Que les cinq soient ouvrières, fermières ou femmes attelées aux tâches ménagères, Mulïer raconte leur libération collective qui débute par un ballet mécanique aussi précis que sensible.

Galerie photo © Thomas Hahn

Si les échasses ne permettent pas de sauter, chaque  développé de la jambe pique au vif. Accents de ballet, figures rappelant le Cancan. Si à Paris, une certaine Nadège Maruta rétablit les origines rebelles du Cancan en déclarant « Mes jambes sont des armes » (lire notre article) les Amazones chorégraphiques de Maduixa libèrent « la facette sauvage et libre de la nature féminine que les différentes civilisations se sont efforcées de domestiquer au cours de l’histoire», selon le directeur artistique de Mulïer, Joan Santacreu.

En revanche, il n’y a rien de naturel à monter sur échasses ! Aucune des danseuses ne vient du spectacle de rue ou du cirque. Comme le déclara Santacreu à Mimos, « toutes viennent soit du ballet, soit de la danse contemporaine et ont dû apprivoiser les échasses ensemble ». Une expérience partagée sous la direction chorégraphique de Mamen Garcia, qui a naturellement renforcé la cohésion du groupe.

Galerie photo © Thomas Hahn

Si l’équilibre était l’un des grands thèmes de cette 35e édition de Mimos, les échassières venues de Sueca (Valencia) se battirent en plein cœur du sujet. Faisant de leur fragilisation par les échasses un élément de puissance mais aussi d’attention, de richesse gestuelle et relationnelle, elles élèvent non seulement leurs corps, mais aussi la danse, et le débat...

Thomas Hahn   

Spectacle vu à Périgueux, place de la Clautre, 35e édition de Mimos

« Mulïer »

Direction: Joan Santacreu
Chorégraphie: Mamen García
Danse : Laia Sorribes, Lara Llávata, Melisa Usina, Esther Latorre, Ana Lola Cosin
Livret: Roser de Castro
Musique: Damián Sánchez
Costumes: Joan Miquel Reig
Réalisation costumes: Doblette

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