Mulhouse : Benoît André aux commandes de La Filature

Fleuron du paysage culturel alsacien, La Filature prépare un après-corona en restant fidèle à la danse. 

C’est dans un contexte on ne peut plus difficile que Benoît André a pris les rênes de La Filature, succédant à Monica Guillouet-Gélys. La pandémie a contraint ce haut lieu de la culture, Scène nationale de Mulhouse, à annuler moult manifestations, et les reports impacteront la saison à venir. A l’occasion de la création de la nouvelle pièce d’Olivier Dubois, Itmahrag (lire notre article), Benoît André a dessiné les contours de son projet pour La Filature. 

Sa nomination est avant tout une bonne nouvelle pour la danse, puisque Benoît André arrive de Chaillot-Théâtre National de la Danse, où il occupait les fonctions de secrétaire général et conseiller à la programmation. Sa participation à l’aventure de Didier Deschamps, lequel a réussi à transformer le Théâtre National de Chaillot en un premier théâtre national consacré à la danse, a fait de lui un fervent avocat de l’art de Terpsichore – des arts de Terpsichore, faudrait-il dire, puisque La Filature héberge l’Orchestre symphonique de Mulhouse et fait partie intégrante de l’Opéra national du Rhin (OnR), une alliance de trois maisons qui mutualisent leurs moyens de production et de diffusion : l’Opéra à Strasbourg, le CCN Ballet de l’Opéra national du Rhin à Mulhouse et puis, à Colmar, l’Opéra Studio, la cellule de formation pour jeunes chanteurs.

Benoît André souligne, et il a entièrement raison, que l’impressionnant bâtiment de La Filature paraît bien plus jeune que les 27 ans qu’il a au compteur (alors que l’inverse est souvent vrai en architecture contemporaine) et se réjouit de diriger un équipement qui, avec ses trois salles de jauges très différentes – respectivement 1216, 364 et 98 places – rappelle par là… Chaillot, justement. En même temps, l’architecte du bâtiment n’est autre que Claude Vasconi qui signe également le Corum de Montpellier et l’Onde de Vélizy. Par ailleurs, l’enchaînement du Corum à La Filature dans l’œuvre de Vasconi était direct. On le devine, de l’extérieur. Mais à l’intérieur, La Filature est équipée d’une galerie d’exposition, d’une médiathèque et d’un grand espace libre, son énorme mezzanine. Le nouveau directeur projette d’y proposer des activités comme des brunch et du yoga et d’activer l’espace restaurant. Mais comme pour les spectacles, il faudra attendre la fin des mesures sanitaires. 

Le rôle des ces espaces, comme de la médiathèque, sera d’ouvrir La Filature à un public large. Si Benoît André constate que les liens entre la maison et les spectateurs sont vivants et riches, grâce aux travail de sa prédécesseuse, les mesures sanitaires obligent à redoubler d’efforts. L’ambition est naturellement d’attirer un public aussi divers que possible, sachant que, selon lui,  Mulhouse est un territoire qui connaît « à la fois les salaires les plus élevés de France et les plus bas, en répercussion du déclin de l’industrie du textile ».

Le gros enjeu se situe donc dans une ouverture à toutes les catégories sociales, ce qui passe, bien sûr, aussi par la programmation. Mais le public de La Filature est également international, et vient autant de Suisse que d’Allemagne: « Nous sommes à vingt minutes en voiture de Bâle et à trente minutes de Freiburg. » 

Les relations entre La Filature et les tutelles sont, quant à elles, excellentes. « Il y a une vraie fierté par rapport à ce lieu, une appétence culturelle et une forte réactivité de la part des politiques, qui mesurent l’importance de la culture, et c’est la première fois que je rencontre cet enthousiasme », se réjouit-il. La coopération entre les trois villes alsaciennes est l’autre fruit de cet esprit porteur. Les échanges avec l’Opéra national du Rhin fonctionnent autant entre Benoît André et Bruno Bouché, qui dirige le Ballet du Rhin [lire notre interview] qu’en lyrique. « Les conditions pour produire et montrer des opéras sont presque meilleures à la Filature qu’à Strasbourg », selon lui. Au résultat, la grande salle de La Filature est « occupée à flux tendu », par contre, la Quinzaine de la danse, prévue en mars 2021, a dû être annulée. En attendant sa réouverture au public...

Thomas Hahn

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