Mimos 2015: Création mondiale de Laure Terrier

La compagnie Jeanne Simone, créée en 2004 par Laure Terrier, ancienne interprète d'Odile Duboc, Laure Bonicel et Nathalie Pernette, ne cesse d'inscrire la danse dans l'espace public. Elle s'est notamment faite connaître par ses perturbations de la circulation automobile grâce à des spectacles relevant d'une douce guérilla urbaine, aux titres comme Le goudron n'est pas meuble ou Le parfum des pneus. Terrier et ses danseurs n'avaient pas peur d'un affrontement direct avec la population motorisée.

Galerie photo : Thomas Hahn

Nous sommes change la donne. Les huit interprètes ne jettent pas leurs corps dans la bataille comme avant, mais présentent leur fragilité, prennent la parole et se livrent au public et à tous ceux qui veulent bien s'arrêter un instant pour les écouter, au lieu de poursuivre leur chemin.

Comédien ou habitant ?
Au début, leur présence se fond dans le décor urbain, si bien que même un observateur averti aura du mal à distinguer les comédiens-danseurs des passants. À Mimos, lieu de la première mondiale, le choix du lieu n'a fait que renforcer l'effet de camouflage. Sur le parvis d'une église, lieu de passage entouré de rues tel un demi-rond-point, ces huit âmes sensibles se rassemblèrent soudainement, surgissant de nulle part.

Galerie photo : Thomas Hahn
 

À la répétition générale, et donc pratiquement sans enjeu spectaculaire visible, la magie opéra pleinement. Élément important, la constitution improvisée d'une véritable partition entre le paysage sonore urbain, les ajouts de circonstance (mystérieux énoncés musicaux par instruments à vent ou objets urbains discrètement transformés en percussions) et les textes écrits et dits par chacun(e), aux accents de Koltès, Rabelais ou Botho Strauss.
C'est Guillaume Grisel qui ouvre le bal avec une tirade aussi limpide que débordante. Des dizaines de «Je suis…» qui dressent un tableau de notre époque, et on peut songer à Daniel Linehan dans Not about everything — sauf que Grisel ne donne pas dans le Derviche tourneur.

Galerie photo : Thomas Hahn

Et soudain, la danse

Entre le verbe et le son, la danse surgit ex-nihilo, tout comme les interprètes eux-mêmes se rassemblent ou se dispersent sans crier gare. Mais il est plus passionnant encore d'observer comment les passants, par leur seule présence, se muent en performers, voire en danseurs sans le savoir. Ils passent par là, puisqu'ils sont chez eux, avec ou sans vélo, chien ou caddie, un enfant à la main ou pas... Toute proche, la gare attire un autre public qui a moins tendance à s'arrêter, valise à roulettes à l'appui. Mais quelques habitués prennent place sur un banc public et observent.

Galerie photo : Thomas Hahn
 

Seulement, après une générale aussi fédératrice, les habitants allaient-ils toujours suivre leur chemin habituel, une fois les marches du parvis de l'église bondées de spectateurs ? Après tout, le spectacle dans l'espace public est souvent victime de son succès. Devant un public venu pour ça, il fonctionne moins bien qu'en jouant face à des habitants qui ne s'attendent à rien.
Nous sommes cherche un juste milieu, les comédiens adressant leurs textes aux spectateurs rassemblés face à la «scène», mais créant en même temps un élargissement de celle-ci à l'ensemble des bâtiments et rues visibles pour le public. Au final, les Périgourdins ne se dégonflent pas, ne se laissent pas chasser de leur espace de passage ou de repos, ni par la compagnie, ni par le public. Ils sont ici chez eux, et le spectacle ne l'est pas moins. On se partage cet espace-temps en toute harmonie. Artistes et habitants peuvent encore respirer ensemble.

Thomas Hahn

Nous sommes
Chorégraphie et mise en scène : Laure Terrier
Assistée de : Mathias Forge
Regard extérieur sur la dramaturgie et l’espace : Cyril Jaubert (Opéra Pagaï)
Écrit avec la complicité des artistes interprètes : Laetitia Andrieu, Mathias Forge, Guillaume Grisel, Céline Kerrec, Nicolas Lanier, Camille Perrin, Anne-Laure Pigache et Miles Siefridt

Tournée 2015:
07/08/15 : Fest’Arts, Libourne (33)
08/08/15 : Fest’Arts, Libourne (33)
19/09/15 : coorganisation L’Usine, scène conventionnée de Tournefeuille/Toulouse-Metropole & Pronomade(s) en Haute-Garonne, CNAR Toulouse (31)
10/10/15 : Festival NOVART, Lormont (33)
 

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