« Michael Jackson : On the Wall », Grand Palais

Venue de la National Gallery de Londres, l’exposition consacrée à Michael Jackson débarque à Paris. En bonus, trois œuvres vidéo-chorégraphiques signées Raphaëlle Delaunay, Jérôme Bel et François Chaignaud, spécialement créées pour le Grand Palais.

Avouons-le d’emblée : même sans la curiosité de découvrir les créations vidéo des trois chorégraphes précités, une expo Michael, on y court tout de suite !

Car quoi que l’on puisse penser aujourd’hui des dérives du personnage ou de la qualité musicale de ses derniers disques, le kid des Jackson Five reste un danseur de génie qui, non seulement a influencé la quasi totalité des hip hopeurs, mais également fasciné tous les contemporains, voire même les classiques purs et durs (on en connaît beaucoup !). Si l’on se précipite au Grand Palais, c’est donc d’abord pour voir et revoir les vidéos du King de la pop, son Moonwalk, son Lean à 45° dans Smooth Criminal, ses déhanchements insensés.

Las ! Mieux vaut en ce cas rester chez soi, écumer You Tube et traquer sur Internet les millions de vidéos disponibles. Car si l’exposition du Grand Palais ne manque pas d’images animées, il s’agit pour la plupart de re-créations d’artistes vidéastes à partir des clips ou captations originels. Le but de Michael Jackson : On the Wall n’est en effet pas d’offrir au spectateur le bonheur de voir son idole bouger sur scène, mais de questionner « l’impact culturel de la personnalité  et de l’œuvre de Mickael Jackson dans le champs de l’art contemporain des années 1980 à aujourd’hui ». D’où un ensemble de tableaux, installations et réalisations en tous genres célébrant, d’Andy Warhol à David La Chapelle, le génie d’un personnage protéiforme et au final, insaisissable.

Quelque peu frustré de Michael et de danse - en dépit du titre de la première salle de l’exposition, « Un danseur de légende » -, on en savoure d’autant mieux les clips tournés par Raphaëlle Delaunay, Jérôme Bel et François Chaignaud. La première se met en scène avec la complicité de l’acteur Jacques Gamblin dans Via, un petit bijou de 3mn9 qui ouvre le circuit de visite. Elle y transforme petit à petit une gestuelle baroque, exécutée en débardeur et chaussures de ville sur une Marche de Lully, en un popping saccadé clairement inspiré des mouvements de Jackson.

Le second, à mi parcours de l’exposition, fait exécuter le fameux Moonwalk, pas glissé arrière auquel MJ a donné une notoriété mondiale, par une trentaine d’amateurs qui sans avoir du tout le physique ad hoc, s’approprient néanmoins ce pas iconique. Plus ambitieuse la dernière vidéo, Moum, O Nature !, associe danse, musique et opéra. Elle a été conçue par François Chaignaud en collaboration avec le performer et vidéaste Nino Laisné sur un extrait du Werther de Massenet.

Tournée dans une grotte traversée par une rivière artificielle, chantée et dansée par un Chaignaud à l’identité aussi troublante que celle du chanteur, elle reflète la transversalité des champs esthétiques influencés par Michael Jackson. Belle façon de clôturer une exposition mémorielle - l’année 2019 marque le dixième anniversaire de la mort du chanteur - plus originale en définitive qu’il n’y paraît.

Isabelle Calabre

Vu le 21 novembre 2018.

Au Grand Palais à Paris jusqu’au 14 février 2019.

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