Mathieu Heyraud: « Rien à déclarer du côté du ciel »

Sans doute le spectacle le plus énigmatique des Hivernales 2015, cette fantaisie surréaliste n'a effectivement rien à déclarer. Pas de discours, mais une série de tableaux finement décalés qui jouent sur une malicieuse innocence et l'imaginaire collectif.

À travers des échos lointains de cabaret, de ballet, de conte de fées, Heyraud tend au spectateur (quel que soit son âge) un miroir déformant qui poétise la silhouette de nos souvenirs. Ici, chaque geste est posé avec une délicatesse qui met le rêve à la portée de tous, à condition de rebondir sur cette lucidité joyeuse, ce souci du détail où tout coule de source et fait rire ou sourire sans en avoir l'air.

On y retrouve l'autodérision d'un Gallotta auprès duquel Heyraud s'amuse à danser depuis 2005. Et justement, ce Rien à déclarer... s'amuse de notre envie de retour en enfance et de nos rêves qui parfois frôlent le kitsch. Quand à la fin le rideau de fond s'ouvre, lumières chaudes et brouillard mettent en valeur les vieux murs majestueux du Théâtre du Chêne Noir comme dans un opéra. Décor de rêve pour Heyraud et Céline Larrère qui dansent leurs ronds de jambe tels des lutins parodiques.

"Ceci 'est pas une conférence de physique quantique sur la théorie des multivers" écrivent-ils, entre autres. "Ceci n'est pas..." la moindre chose de tout ce que vous pourriez imaginer. Ceci n'est pas, n'est plus ou pas encore... Car de toute façon, comme ils disent si bien, "ceci n'est pas définissable", aussi peu que cet énergumène à quatre pattes dans sa blancheur immaculée, qui se balade sur le plateau en guise de conclusion. L'entrechat de Schrödinger, en quelque sorte...

Thomas Hahn

Les Hivernales, Avignon, Théâtre du Chêne noir, le 25 février 2015 (première française)

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