« MASS » de Pierre Pontvianne

Une danse délicate et un texte puissant, écrit et dit par David Mambouch, content l’histoire de la vie.

« C’est un motif très populaire. Ils se tiennent par la main, vont à la suite les uns des autres et toujours dans la même direction », c’est par ces phrases prononcées dans le noir que débute MASS de Pierre Pontvianne, créé à l’Atelier de Paris.

Ces quelques mots sont le leitmotiv d’une longue diatribe sur la vie écrite et formidablement bien dite par le comédien David Mambouch. Sur scène, apparaissent quatorze chaises pour six danseurs (quatre femmes et deux hommes) et le conteur micro à la main. Sur la cadence des phrases, les interprètes dessinent une danse qui, tout comme le texte, ne s’arrête jamais, entre de multiples torsions du corps alors qu’ils sont assis et délicats jeux de déplacements autour des chaises. Souplesse, mouvements très liés, glissements, regards de complicité, arrêts sur image, sont censés exprimer différents personnages de la société sans jamais alourdir le jeu.

Galerie photo © Laurent Philippe

« Ils vont tous quelque part au même endroit. Les vivants défilent par ordre hiérarchique alors que les cadavres sont anonymes. Tous connaitront la mort avec sa pourriture, ses vers… » poursuit David coupé net dans son élan par The Art of Instrumentation : Hommage à Glenn Gould par Gidon Kremer et Kremerata Baltica, alors que la chorégraphie enchaine une gestuelle de plus en plus développée.

Puis, une fois que la danse macabre sème le doute sur l’essentiel de l’existence, intervient un splendide poème du comédien. Sous un carré de lumière rouge éclairant un homme et une femme, une main posée sur la bouche et l’autre main sur le sexe, des mots sur l’amour et sur la beauté délient le mouvement qui se relâche. Vont-ils quitter la masse pour retrouver une identité et s’aimer ?

Les mots et les figures se coordonnent. La voix devient de plus en plus forte. Tandis que jusqu’à présent il était possible d’écouter et de regarder, il faut d’un seul coup se détourner ou de la danse ou du texte pour mieux s’adonner au spectacle. Le rythme se calme et l’ensemble reprend ses droits pour faire comprendre qu’en fin de compte, toute vanité est vaine, car la seule raison de la vie en est la mort… Mais, des notes d’humour ponctuent cette sarabande. David se lance dans Ruy Blas avec « Bon appétit, messieurs ! Ô ministres intègres ! Conseillers vertueux ! »  pour évoquer immédiatement après La tactique du gendarme de Bourvil. Ouf, rien n’est si noir étant donné que la dérision et le sarcasme scindent la mélopée.

Le bouillonnement de la danse mêlée au bouillonnement du verbe préfigurent-ils un soulèvement de la masse ? Entre les pauvres, les riches, les putains, les hommes de lois et d’église, ces hommes et ces femmes qui vont tous mourir et perdre ainsi leurs statuts, sont-ils tout simplement des pantins manipulés par un être tout puissant qui se délecte en leur faisant croire qu’il faut se battre pour vivre ou survivre alors que la finalité sera identique pour tous ?

Galerie photo © Laurent Philippe

Cette pièce étant si bien écrite sur tous les plans, si bien pensée, si bien rythmée, si bien interprétée que l’on se demande s’il ne s’agit pas tout simplement d’un mauvais rêve qui, au réveil, va laisser un gout amer, mais surtout un délicieux souvenir.

Avec Mass, Pierre Pontvianne signe une fresque renversante, très intelligente, puissante, sarcastique, humoristique, vraie et terrible où le corps dansant sort vainqueur du mot tant son empreinte se définie avec légèreté, souplesse et délicatesse afin de sauver la décadence de  l’humanité.

Sophie Lesort

Spectacle vu à l’Atelier de Paris le 17 octobre 2018

MASS

Chorégraphie : Pierre Pontvianne

Interprétation : Jazz Barbé, Laura Frigato, Florence Girardon, Mathieu Heyraud, Catherine Jodoin, David Mambouch, Marie-Lise Naud
Conception sonore : Pierre Pontvianne
Texte original : Sarabande David Mambouch
Lumière : Valérie Colas
Décor : Pierre Treille

En tournée : le 08 novembre 2018 - Le Dôme Théâtre, Scène conventionnée pour la danse (Albertville) ; le 16 janvier 2019 - Théâtre du Vellein (Villefontaine) ; du 30 au 31 janvier 2019 - La Comédie de Saint-Etienne – CDN (Saint-Etienne)

 

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