Maison de la Danse : La saison 2018/19

A Lyon, 33 compagnies et 12 créations ou premières en France pour une saison « avec Biennale ». 

Une ouverture peut en cacher une autre. Celle de la 39e saison de la Maison de la Danse offre en même temps l’un des premiers points d’orgue de la 18e Biennale de la Danse, avec la création mondiale de Vertikal, où Mourad Merzouki aborde la danse verticale, par une collaboration avec Fabrice Guillot et la compagnie Retouramont, où la chorégraphie investit la dimension verticale et les danseurs sont privés de leurs repères gravitationnels. Aussi Merzouki poursuit-il son interrogation du rapport au sol, commencée par Pixel et la compagnie Adrien M & Claire B.

Cette création mondiale coïncide avec la Défilé de la Biennale, cette année placé sous le thème de la paix, dans la conscience des menaces de plus en plus explicites du vivre-ensemble des cultures et des nations. Les amateurs assurent un spectacle qui participe fortement à l’identification des Lyonnais avec leur ville et rassemble des centaines de milliers de spectateurs.

Parcours Danses urbaines et grands ensembles

Et ce public est pris par la main, pour se repérer dans le paysage chorégraphique. Les fils rouges à travers la saison se multiplient et se complètent, à partir d’un Parcours danses urbaines qui réunit les propositions de Mourad Merzouki, Kader Attou, Nach, Jann Gallois, l’Irlandaise Oona Doherty et l’Américain Kyle Abraham ainsi que les Japonaises débridées de Tokyo GeGeGay.

Un Archipel Postmodern, avec des programmes Merce Cunningham et Trisha Brown, par le Ballet de l’Opéra de Lyon, fait partie d’une belle série de grands ensembles d’Europe et d’Amérique. Et Cunningham se manifeste aussi dans le programme du CCN Ballet de  Lorraine, l’une des nombreuses grandes compagnies au programme, avec le Malandain Ballet Biarritz avec Noé [lire notre critique], le Lyon Opera Ballet, la Compania Nacional de Danza de Madrid (avec 50 danseurs dans Don Quichotte de José Martinez).

Egalement le Ballett Theater Basel (avec Peer Gynt du Suédois Johan Inger) et la compagnie Alvin Ailey II, la jeune garde des danseurs donc, ceux qui assurent la relève et la préservation de l’esprit du fondateur.

On peut encore y associer la Batsheva avec ses dix-huit danseurs dans Last Work d’Ohad Naharin, Les Carmen(s) de José Montalvo [lire notre critique], Dada Masilo avec Giselle ou la compagnie de la Brésilienne Deborah Colker qui vient avec quinze danseurs et un spectacle fait de danse, de cinéma et... de boue !

Sens Dessus Dessous

Une proposition aussi osée pourrait s’inscrire dans Sens Dessus Dessous, ce festival transgenre qui occupe une semaine intense en mars, avec notamment la venue de The Great Tamer de Dimitris Papaioannou [lire notre critique]. A l’opposé artistique, on retrouve Eugénie Rebetez, la danseuse qui a laissé son empreinte sur plusieurs spectacles de Zimmermann De Perrot, avant de se découvrir soliste entre danse, théâtre et cabaret. Dans Bienvenue, son nouveau solo, elle se transforme en femme de ménage. 

En invitant Nach avec Cellule, devenu un spectacle pionnier de la danse krump [lire notre critique], Sens Dessus Dessous croise les chemins du Parcours danses urbaines. Et s’inscrit dans une attention croissante pour les nouvelles technologies et les formes hybrides du futur, avec Adrien M & Claire B, qui invitent le public à une expérience sous casque de réalité virtuelle, projet qui se construit avec les artistes chorégraphiques Satchie Noro et Dimitri Hatton.

L’importance accordée au numérique se manifeste aussi dans la participation de la Maison de la Danse au Dansathon, un laboratoire transdisciplinaire conçu avec le Sadler’s Wells de Londres et le Théâtre de Liège pour imaginer les formes de l’avenir [lire notre article] de la danse, dans sa rencontre avec la réalité virtuelle ou augmentée. Certains artistes l’expérimentent déjà, comme Yoann Bourgeois et Michel Reilhac qui présenteront, en première mondiale et dans le cadre de la Biennale de la Danse, un dispositif de réalité mixte où le spectateur se fait embarquer sur un vaisseau spatial pour vivre  une aventure chorégraphiée par Yoann Bourgeois.

Cirque et opéra

Egalement dans Sens Dessus dessous, Le Retour d’Ulysse de William Kentridge et la Handspring Puppet Company de Johannesburg, avec mes marionnettes d’Adrian Kohler sur Il ritorno d’Ulisse in patria de Monteverdi. Aussi la Maison de la Danse accueille-t-telle pour la première fois un opéra, en collaboration avec l’Opéra de Lyon.

Quant aux arts du cirque, leur présence est de plus en plus incontournable, même au-delà de celle Yoann Bourgeois, avec le Galaktik Ensemble et leur « acrobatie situationniste » et la compagnie québécoise Eloize dans Saloon, un western circassien au second degré, chorégraphié par Annie St-Pierre.

Préparer l’avenir

Bien sûr qu’on voit aussi des chorégraphes contemporains de référence comme Hofesh Shechter, Alessandro Schiarroni, (La) Horde ou Thomas Lebrun. Mais pour dégager un autre axe principal, il faut surtout s’intéresser au jeune public. Sur les 159 représentations de la saison, 44 s‘adressent aux scolaires et autres jeunes, dont les créations tous publics de Fabrice Ramalingom et Christian Rizzo [lire notre critique]. Et Wang Ramirez adaptent leur premier duo Monchichi pour le jeune public, en appelant cette pièce, co-écrite avec le dramaturge Fabrice Melquiot, We are Monchichi.

L’attention pour le public jeune est autant un pari sur l’avenir que les initiatives pour les arts numériques, avec la mise en place d’une politique concertée sous le thème La Maison Numérique, regroupant les initiatives pour les nouvelles technologies dans la danse mais aussi Numéridanse, le site des vidéos en libre accès qui compte 550.000 visites par an selon la Maison de la Danse.

Un budget en baisse

Les chiffres communiqués par la Maison de la Danse concernant la saison qui est en train de se terminer sont positifs. Malgré un léger recul du nombre des représentations en salle (de 154 à 151), le nombre des spectateurs a augmenté de 7.400, pour dépasser les 137.000 et atteindre un taux de remplissage de 91%.

Le budget provisionnel 2018 de 6.4 millions d’euros prévoit plus de 60% de recettes propres, ce qui reste excellent, malgré un léger recul. Les financements publics sont en baisse, de 2.66 à 2.54 million d’euros et le budget global l’est également, de 6.64 à 6.44 millions d’euros. Le nombre de compagnies présentées en 2018/19 baisse de 36 à 33 et elles viennent de 13 pays au lieu de 18. Le nombre de compagnies présentées pour la première fois baisse également, de 14 à 10. Il est vrai qu’on ne peut pas toujours faire plus avec moins de moyens...

Thomas Hahn

http://www.maisondeladanse.com/programmation-2018-2019

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