Maguy Marin à l'Opéra de Paris

Maguy Marin est une chorégraphe engagée et intègre. Il y en a peu. Remonter Les Applaudissements  ne se mangent pas pour le Ballet de l’Opéra de Paris avait donc tout d’un défi. La pièce est radicale, politique, profondément ancrée dans la condition humaine.

Galerie Photo : Laurent Philippe/OnP

Créée en 2002 pour la Biennale de la danse de Lyon, la chorégraphe avait alors en tête les crises d’Amérique du Sud. Tout juste sorties de dictatures sanglantes mais laissant peu d’espoir aux plus démunis. « Ces pays subissent tous un sort commun : une incroyable exploitation culturelle et humaine, un asservissement des forces qui gabitent leurs terres et un  strict contôle de leur émancipation » souligne Maguy Marin.
Aujourd’hui, la pièce, sous tension, ressemble presque à un constat de notre société où « la réussite de quelques-uns fait face à l’impuissance de plusieurs milliards d’autres. »

Galerie Photo : Laurent Philippe/OnP

La pièce est construite suivant un rythme implacable. Apparitions, disparitions, arrêt, chute, et corps que l’on tire derrière un joli rideau de plastique aux couleurs chaudes. Il suffirait presque de ça. La violence est partout, l’oxygène nulle part. Ce huis-clos à huit personnages qui se regardent et se jaugent, s’évitent ou se toisent, se croisent ou se bousculent, suffit à dire la révolte ou la soumission inscrites dans les corps.

Comme toujours, le diable est dans les détails. Un trébuchement, une hésitation, et vous voilà, de bourreau, une nouvelle victime. Chacun est une menace. L’ami de toujours, l’ennemi de demain. Le rapport de force est palpable à chaque minute. L’anéantissement une possibilité. Le pouvoir, l’oppression, l’illusion de la puissance s’inscrit à même les corps. La musique grondante, brutale, de Denis Mariotte ajoute encore à l’atmosphère étouffante. Les Applaudissements ne se mangent pas est une pièce magistrale, d’une force peu commune et d’une écriture chorégraphique serrée.

Galerie Photo : Laurent Philippe/OnP

Caroline Bance, Laurence Laffon, Christelle Granier, Émilie Hasboun, Vincent Chaillet, Nicolas Paul, Alexandre Carniato et Simon Le Borgne de l’Opéra de Paris sont d’une justesse absolue et portent la pièce avec un investissement sans faille. Chaque regard, chaque mouvement semble d’un naturel confondant. Ils déploient une présence sur scène fascinante. On ne peut que féliciter Ennio Sammarco, assistant de la chorégraphe, d’avoir su leur transmettre l’essentiel du travail de Maguy Marin.

Benjamin Millepied a vu juste en programmant cette pièce à l’Opéra de Paris et on ne peut que saluer le retour de celle qui y créa en 1987 un Leçons de Ténèbre dont on se souvient encore.

Agnès Izrine

Opéra de Paris, Palais Garnier, jusqu'au 3 mai 2016.

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