« Ma Class' Hip Hop » de Céline Lefèvre

Quelle est la différence entre le boogaloo et le smurf ? Qu’est-ce qu’un free style ? D’où vient le slide ? Que veut dire B Boys ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le hip hop sans oser le demander est dans Ma Class’ hip hop de Céline Lefèvre. Non sous forme d’un exposé didactique et vaguement ennuyeux. Mais comme une conférence dansée irrésistiblement drôle, exercices pratiques à l’appui, où la danseuse se révèle une excellente comédienne à l’énergie communicative, en pleine interactivité avec une salle ravie.

Directrice depuis 2004 de la compagnie C’ Mouvoir, Céline Lefèvre a été révélée par le festival Suresnes cités danses dirigé par Olivier Meyer, où elle fut notamment l’interprète de Roméo et Juliette(s) de Sébastien Lefrançois, et de Royaume-Uni d’Angelin Preljocaj. C’est là qu’en 2011, l’occasion des vingt ans du festival, elle expérimente sous forme d’un solo de quelques minutes ce qui deviendra trois ans plus tard Ma Leçon de hip hop, première version du spectacle actuel. Depuis, passé en 2016 par le Off d’Avignon, le one women show s’est enrichi, empruntant à la master class et au stand up pour devenir un véritable moment de partage intergénérationnel, qui retrace quarante ans de danses urbaines en une heure menée tambour battant.

Il faut dire que Céline Lefèvre connaît son affaire. Biberonnée, comme toute une génération, à la fameuse émission HIP-HOP de Sydney, elle a écumé tous les lieux où ça groove, des crews aux plateaux de télé en passant par les auditions, imposant peu à peu sa danse debout (non, tous les hip-hopeurs ne sont pas des breakeurs au sol !) et surtout sa féminité, relativement rare dans le milieu il y a vingt ans. Son parcours, des cours de danse classique encore enfant à la découverte fascinée, adolescente, des danses pratiquées par son grand frère, puis ses premières impros sur les dance floor des discothèques, illustre celui de la première vague du hip hop français, passé en vingt ans de la rue aux scènes des théâtres. Pour autant, la performeuse ne craint pas de revenir aux sources américaines du mouvement, depuis les trottoirs du Bronx au Voguing des (anti) défilés de mode de la communauté homosexuelle et jusqu’au moonwalk de Mickaël Jackson, hérité en fait du Mime Marceau ! Un exposé passionnant et indispensable sur une danse devenue un courant majeur du paysage chorégraphique contemporain.

Isabelle Calabre

Théâtre des Béliers Parisiens jusqu’au 23 avril.

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