Luc Sanou et Serge Aimé Coulibaly ouvrent le festival Instances

Luc Sanou et Serge Aimé Coulibaly ouvrent le festival Instances à l’Espace des Arts de Chalon, totalement rénové.

Après deux années de travaux, le nouvel Espace des Arts a fêté sa réouverture le 28 septembre. C’est grâce à l’énergie et à la ténacité de son directeur, Philippe Buquet, que ce projet mené par le groupement d’architectes franco-belge Pierre Hebbelinck et L’Atelier Hart Berteloot a pu voir le jour.

Le parvis, les salles et le sommet du bâtiment sont les trois grandes métamorphoses de l’édifice. Dorénavant, le public entre directement par le parvis dans le hall joliment décoré où l’on peut se restaurer et prendre un verre bien installé dans de moelleux canapés aux formes contemporaines. En effet, cet espace a été entièrement démuré et les matériaux, tels que le béton, le bois, d’immenses baies vitrées et une très grande hauteur de plafond créent une ambiance fort chaleureuse.

Rien ne fut laissé au hasard, tout a été pensé avec soin et raffinement. Pour les artistes : les plateaux, les coulisses, les loges, l’atelier de couture au dernier étage et la résidence d’artiste, qui, posée sur le haut du bâtiment propose une vue splendide sur la ville et le Grand Chalon. Pour le public : la déambulation d’une salle à l’autre est nettement plus aisée, la pente des gradins a été accentuée et le placement des nouveaux sièges très étudié afin que la visibilité des spectateurs soit parfaite.

Le coût de cette grandiose rénovation s’élève à neuf millions d’euros HT. Il fut subventionné par Le Grand Chalon, la communauté d’Agglomération, le Ministère de la Culture, la direction régionale des Affaires Culturelles de Bourgogne, le Conseil régional de Bourgogne et le Départemental de Saône-et-Loire.

« Ce qui est remarquable dans la question posée avec la rénovation et la modernisation de l’Espace des Arts, c’est l’amplitude des enjeux qui la fonde, du confort du spectateur à l’identité de la ville dans sa région, du capitonnage d’un fauteuil aux relations du territoire. Ce projet concerne beaucoup l’Humain. » confie Pierre Hebbelinck.

Mais le plus surprenant provient de la luminosité due aux immenses ouvertures sur la ville et aussi au fait que dorénavant le public, largement composé de jeunes, arrive bien longtemps avant les représentations afin de profiter du lieu et d’y prendre ses marques. 

Lors de cette première soirée du Festival Instances, Luc Sanou proposait Mon Homonyme dans le studio noir. D’origine burkinabé, il a pris le parti de parler de lui par le biais du regard des autres. Accompagné musicalement par Issouf Dembele qui joue plusieurs instruments, le danseur prouve immédiatement qu’il possède une immense présence.

Vêtu d’une longue chemise ouverte avec des motifs en dentelle dans le haut du dos, il se lance dans une pléiade de mouvements des bras et du corps extrêmement rapides. Sa souplesse devient grâce, ses fines mains immenses terminent le geste et l’espace est totalement habité par cet homme au regard vif et malicieux. Puis le pas se ralentit, il semble hésiter, se poser des questions. Luc ôte sa belle chemise pour en revêtir une blanche ainsi qu’un pantalon plus smart. Mais le mouvement n’est plus là, il tourne en rond, cherche des réponses.

Le danseur chorégraphe qui signe sa première pièce expliquera par la suite qu’il est mal vu à Ouagadougou de se promener avec un vêtement féminin, tel qu’était son premier costume. Le regard des autres, ce qu’ils peuvent déduire d’un homme qui porte une telle tenue dans la rue, reflètent-ils la véritable personnalité de Luc ou celle d’un autre ? L’artifice est-il plus important que la générosité, la gentillesse, l’amitié… soit l’âme de l’être humain ? Même si tout ce parcours intérieur n’est pas toujours lisible, Mon Homonyne arrive à nous transporter dans l’intimité d’un jeune homme qui se cherche et va finir par se trouver.

Dans la grande salle, Kirina de Serge Aimé Coulibaly et Rokia Traoré (lire notre critique) s’annonçait comme une grande fresque sur des hommes et des femmes qui participent à la construction d’un pays en Afrique. « La pièce est pensée et construite sous forme de tragédie avec une inspiration et des références aux tragédies grecques, aux pièces classiques comme Macbeth ou Le sacre du printemps » explique le chorégraphe. Ainsi, il a fait appel à l’un des chercheurs et écrivains les plus pertinents de ces dernières années en Afrique, Felwine Sarr, pour écrire ce qu’on pourrait appeler un livret dans le langage de l’opéra.

Sur scène de hauts monticules de tissus rouges, dix danseurs, des musiciens, des chanteurs et une trentaine de figurants, qui sont censés raconter une belle aventure humaine. Sauf que le courant ne passe pas entre les artistes et le public. Peu de danse excepté quelques sauts périlleux et déplacements de foule. Des chants et une musique de Rokia Traoré certes très beaux, mais peu significatifs. Pourquoi, avec tant d’ingrédients qui auraient dû faire frissonner la salle, cette pièce se révèle t’elle glaciale et incompréhensible ?

Par manque de générosité, d’intériorité de la part des interprètes qui font mais ne sont pas. Seuls les figurants qui n’ont répété que deux jours semblent s’amuser à marcher et courir sans arrêt de jardin à cour et à jeter des tissus en signe de joie ou de contestation. Mais peut-être étions-nous ce soir là face au danger du spectacle vivant qui ne peut offrir à chaque représentation une énergie débordante ni un immense don de soi. Quel dommage !

Sophie Lesort

Spectacles vus à l’Espace des Arts de Chalon le 15 novembre 2018

Le Festival Instances jusqu’au 21 novembre

Mon homonyme : Chorégraphie Luc Sanou, accompagné par Issouf Dembele

Interprète Luc Sanou
Musicien Issouf Dembele
Regards extérieurs Irène Tassembedo, Florent Nikiéma, Adonis Nebié

Kirina : Conception et chorégraphie Serge Aimé Coulibaly
Direction et création musicale Rokia Traoré
Livret Felwine Sarr

Création et interprétation Marion Alzieu, Ida Faho, Jean-Robert Koudogbo, Antonia Naouele, Adonis Nebié, Ali Ouedraogo (Doueslik), Daisy Phillips, Issa Sanou, Sayouba Sigué, Ahmed Soura

Le 26 janvier 2019 à l’opéra de Massy.

 

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